Association Malienne des Expulsés

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L’AME dans un n° spécial de "PLEIN DROIT" : Les expulsés, leur voix, leurs droits

« PLEIN DROIT », LA REVUE DU GISTI
Les expulsés, leur voix, leurs droits
Si les questions liées à la rétention et à l’expulsion des étrangers et étrangères en situation irrégulière ont été largement étudiées, il en est tout autrement de celles liées à leur accueil, à leurs droits ou à leurs revendications une fois de retour dans leur pays d’origine. Et les pays d’immigration s’interrogent bien peu sur le devenir de ces personnes une fois qu’elles ont quitté leur territoire. Ce dossier de Plein droit leur est consacré. Qu’advient-il aux expulsés à leur retour ? Quelles formes d’organisations sociales ou politiques leur retour suscite-t-il ? Quelle influence peuvent-ils avoir sur les accords de coopération entre leur État d’origine et les pays d’immigration ? Et alors que le nombre d’expulsions atteint des niveaux record dans bon nombre de pays d’immigration, parfois au détriment du respect de la légalité des procédures, il est temps de s’interroger sur les droits des expulsés.

on peut commander cette revue sur le site du GISTI
http://www.gisti.org/spip.php?artic...

Un extrait de l’introduction :

(...)

Voix des expulsés

Si les expulsions représentent certainement une forme contemporaine radicale d’exclusion hors de l’État, elles ne débouchent pas sur un espace indéterminé politiquement. L’initiative pionnière de l’Association malienne des expulsés, créée en 1996 à Bamako, puis la création de nombreuses associations d’expulsés au Mali, au Togo, au Cameroun dans le cours des années 2000, permettent d’envisager les nouvelles formes de résistance, de mobilisation et de représentation dans l’espace public qui ont émergé de l’intensification des dispositifs d’expulsion. Ce processus d’autoorganisation a permis les premières actions d’entraide sur le terrain, en l’absence de tout soutien institutionnel, ainsi que la diffusion d’une critique politique portée par les expulsés. Ce mouvement de contestation s’est nourri de la dénonciation des États qui expulsent, mais aussi de la mise en cause de l’attentisme coupable des États d’origine. Les expulsés organisés collectivement sont des figures emblématiques dans la critique des politiques migratoires internationales ; leur émergence comme acteurs politiques est révélatrice des processus d’assujettissement mais aussi de résistance générés par ces politiques. Le mouvement des expulsés en Afrique est toutefois pluriel et ne peut se résumer à un mouvement de contestation contre les États. Si un pan de cette mouvance associative participe aux mobilisations internationales contre l’expulsion et défend le principe de la libre circulation, d’autres associations sont partie prenante des campagnes menées par les États africains, avec des financements de l’OIM et de l’Europe, en faveur du respect des cadres légaux de l’immigration. Les mobilisations des associations d’expulsés peuvent ainsi soit s’opposer soit servir de relais à la légitimation des politiques migratoires.

Une grande partie de la rhétorique de la directive adoptée par le Parlement européen en 2008 sur le retour des étrangers en situation irrégulière vise à associer les dispositifs de renvoi à des mesures économiques et d’assistance dans les pays d’origine des migrants, à concilier aide et coercition. Cette volonté de légitimer les politiques d’expulsion par des mesures d’accompagnement, économiques et/ou humanitaires, est essentielle pour comprendre l’accent mis sur les dispositifs d’aide au « retour volontaire », destinés à atténuer la dimension coercitive des expulsions. Il s’agit de rendre ces pratiques controversées compatibles avec les valeurs humanistes dont se prévaut le projet européen.

C’est dans cette perspective que s’est inscrite l’expérimentation au Mali à partir de 2009 d’une politique d’assistance aux expulsés, avec l’installation à Bamako du Centre d’information et de gestion des migrations (Cigem). L’institutionnalisation d’une assistance post-expulsion a essentiellement reposé sur le financement d’associations d’expulsés locales, déjà engagées sur le terrain dans des actions d’hébergement et d’aide aux récents arrivés. Le formatage et la mise en conformité des activités de ces associations avec les buts poursuivis par l’Union européenne illustrent le processus d’ancrage de l’Europe dans les pays d’origine sur les questions migratoires. Une partie des associations créées par les expulsés en Afrique sont ainsi acculées à n’être que des maillons dans la longue chaîne procédurale de l’expulsion (accueil, aide au retour, etc.).

L’accompagnement humanitaire s’est également concrétisé entre 2009 et 2011 par la mise en oeuvre d’un programme sur « l’accès aux soins en santé mentale des migrants en situation de retour forcé », porté par l’ONG Médecins du Monde, l’Association malienne des expulsés (AME), l’Association des refoulés d’Afrique centrale au Mali (Aracem) et cofinancé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Ce programme a permis d’inventorier les conséquences médicales et psychologiques de l’expulsion : ruptures de soins, mauvais traitements liés à l’expulsion, traumas psychiques. L’intérêt pour la santé des expulsés, en dépit du caractère ponctuel des programmes de suivi, s’inscrit dans un mouvement plus ancien de prise en charge des victimes de guerre et des réfugiés par la médecine humanitaire, et témoigne d’un investissement progressif, quoique modeste, des ONG européennes dans la séquence post-expulsion.

Les expulsés face à leurs États d’origine

La destitution sociale, la violence et la mort auxquels les expulsés font parfois face montrent la difficulté voire l’impossibilité de certains retours 14. La situation est souvent critique pour les déboutés du droit d’asile. Le simple dépôt une demande d’asile à l’étranger est en soi une source de suspicion et peut être considéré comme un acte de trahison par les autorités du pays d’origine.(...)

vendredi 15 janvier 2016

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