Association Malienne des Expulsés

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LÀ-BAS, DANS LA FORÊT - Les activistes des Droits de l’homme maliens rendent visite aux demandeurs d’asile "oubliés" dans le Camp de Möhlau

par Alassane Dicko / Association Malienne des Expulsés

206 personnes sont hébergées dans le camp de réfugiés de Möhlau près de la ville de Luther, Wittenberg dans la province de Saxen-Anhalt. Ce qui est officiellement appelé GU “Gemeinschaftsunterkunft” [logement collectif], est simplement connu sous le nom “camp de la jungle” par les habitants du camp et ainsi que par les groupes anti-racistes, comme les “Flüchtlingsrat” [Conseil de réfugiés] locaux. En le nommant comme ça, ils indiquent en effet une pratique qui a été critiquée par les organisations des droits de l’homme depuis de nombreuses années : l’isolement des demandeurs d’asile et de leur logement, aussi éloignés que possible des villes et des villages, invisibles, dans des bâtiments délabrés fabriqués à partir de dalles préfabriquées d’une ancienne base militaire. La fermeture du camp de Möhlau, soutenue par le responsable administratif du gouvernement local., n’est guère applicable dans l’assemblée de district. Ayant à faire face à un racisme important parmi la population de la province, de nombreux hommes politiques dans les circonscriptions rurales se limitent à plaider activement pour un hébergement plus humain, mais aussi plus coûteux, pour les demandeurs d’asile.

source : medico Rundschreiben 02/2010
http://www.afrique-europe-interact....

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image du camp en 2009
source : de.indymedia.org

Dans le cadre d’une tournée de présentation, Ousmane Diarra et Alassane Dicko de l’Association malienne des Expulsés (AME) ont visité Möhlau avec medico international et le réseau anti-raciste NoLager. C’était la première visite de militants des droits de l’homme d’Afrique pour constater comment les réfugiés sont logés en Saxe-Anhalt. Alassane Dicko a noté ses impressions pour nous.

Nous avons dû demander deux fois pour la route. Enfin, après avoir quitté le village de Möhlau, nous sommes arrivés à l’ancienne caserne militaire où les demandeurs d’asile sont logés. Le terrain et le bâtiment surmonté de dalles préfabriquées, dans lequel autrefois les soldats de l’armée soviétique ont vécu, est dans un état déplorable. Il est un lieu du passé mis à disposition de ceux dont « vous ne voulez pas ici”. Sur le parking, nous sommes accueillis par certains demandeurs d’asile : « Voici où personne ne veut plus passer une nuit de plus si ce n’est absolument nécessaire » est le commentaire de l’un de nos hôtes – presque personne n’est en bonne santé, beaucoup souffrent de déficiences physiques ou mentales. Les premières conversations avec les Roms, kurdes ou demandeurs d’asile africains commencent. Elles tournent autour .des conditions inhumaines, du sentiment d’insécurité et de l’absence de perspectives.

la place de la dépression

Nous sommes invités à jeter un coup d’œil dans les logements des habitants. Les cages d’escaliers sont moisies, les installations sanitaires sont étroites, le plâtre s’écaille au plafond, les fuites d’eau des étages supérieurs s’infiltrent, cafards partout. Les appareils ménagers sont de mauvaise qualité et les habitants sont responsables de la maintenance. Les autres bâtiments vides sont dans le même état de délabrement. Nous visitons un bâtiment particulièrement endommagé.

La porte est brisée, les fenêtres sont brisées. Autrefois, c’était l’auditorium de l’armée soviétique. Un portrait jaune de Lénine et de quelques lettres cyrilliques sont encore sur les murs. Ici commence ce que les habitants du camp appellent la « zone dangereuse » où les adolescents du village se retrouvent. Parfois, le bruit est insupportable. Les demandeurs d’asile supposent que les autorités « n’interviennent pas dans le but d’intimider les migrants.” Parce que les réfugiés ont peur. Plusieurs fois ils ont été attaqués par un groupe d’adolescents racistes. Nous nous réunissons avec les habitants de l’autre camp. Leur porte-parole, originaire du Bénin, décrit le mépris qu’ils éprouvent tous les jours : seulement 60 euros d’argent de poche par mois assorti d’une interdiction de travail, un suivi médicale insuffisant, l’arbitraire de l’assignation à résidence. Pour obtenir une permission, les candidats doivent aller en vélo à la ville principale de Wittenberg, qui est à 37 kilomètres.

De plus, il y a un système d’attribution de bons d’achat ce qui empêche les demandeurs d’asile de choisir librement leurs dépenses. Un réfugié africain raconte comment il a été attaqué avec un couteau par un groupe d’adolescents racistes du village voisin, aujourd’hui encore sa colère est perceptible quand il rapporte que l’attaque n’a entraîné aucune réaction du département.

À Möhlau j’ai vu comment les personnes qui sont expulsées sont déjà moralement brisées en Allemagne. Nous savons, par notre travail avec les personnes déportées au Mali, les problèmes psychologiques de ceux qui sont expulsés vers un pays qu’ils ont quitté en mobilisant toute leur force et dans lequel ils ont tout perdu. Le camp de Möhlau devrait devenir un lieu de mémoire historique, ou il devait disparaître en laissant au souffle de la nature le soin de guérir les blessures causées par des décisions politiques inconsidérées.


pour aller plus loin (en allemand / auf deusch / alimankan na ) :
http://www.medico.de
http://www.nolager.de/
http://togoactionplus.wordpress.com...

mardi 29 avril 2014

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