Association Malienne des Expulsés

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Youphil : Les réfugiés oubliés des camps tunisiens


Camp de La Choucha, mars 2011 © Geneviève Jacques/La Cimade

Depuis le début des émeutes en Libye, plus de 200.000 réfugiés ont traversé la frontière pour rejoindre la Tunisie. La situation inquiète les travailleurs humanitaires.

Chaque nuit, des milliers de personnes passent la frontière entre la Tunisie et la Libye. Lorsqu’ils atteignent le poste de Ras Ajdir, ils sont hébergés jusqu’au lendemain dans un camp de transit. Au matin, des bus les accompagnent sept kilomètres plus loin, au camp de la Choucha.

La plupart de ces migrants ne sont pas Libyens. Jusqu’au mois de février, cette main d’oeuvre bon marché venait du monde entier pour trouver un travail dans le pays du colonel Khadafi. 

Dès le début de l’insurrection libyenne, les Tunisiens se sont organisés pour accueillir les premiers arrivants. Ils les ont mis à l’abri dans des mosquées et leur ont apporté de la nourriture. "La Tunisie a été remarquable", indique Geneviève Jacques, membre du Comité inter mouvements auprès des évacués (Cimade). Devant le flux de réfugiés, la communauté internationale a apporté son aide. Trois camps ont été construits. Au total, 21 organisations internationales, telles que l’Unicef, Care international et l’Organisation mondiale de la santé, y sont actives.

Le camp de la Choucha est le plus grand. Géré par le Haut comité pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), il peut accueillir jusqu’à 15.000 personnes. Malgré les rapatriements quotidiens, il abrite encore 10.000 réfugiés. Chaque jour, 2000 à 4000 arrivées sont enregistrées.

Jusqu’à présent, les Libyens sont en minorité. Depuis le début de l’insurrection, seuls les plus riches ont fui les combats. Pour éviter de fréquenter les camps, ils louent des maisons en Tunisie, rapporte Mokhtar Dhali, de l’’Unicef Tunisie. Mais "depuis une semaine, des familles plus pauvres arrivent à la Choucha", ajoute-t-il. Ainsi, l’organisation a comptabilisé 900 familles et 902 enfants dans le camp de la Choucha. Afin d’éviter toute épidémie, chaque enfant de plus de cinq ans est immédiatement vacciné, explique Maria-Luisa Fornara, représentante de l’ONG dans le camp

De moins en moins de fonds

Trois membres de la Cimade sont rentrés le 6 avril d’une mission. Ils ont passé trois jours dans le camp de la Choucha. "Un des objectifs était de prendre le pouls de ce qu’il se passe à la frontière et notamment des réfugiés qui ne peuvent pas rentrer dans leurs pays", précise Clémence Racimora, responsable de la commission Solidarités Internationales de la Cimade. Geneviève Jacques rapporte une situation de "chaos". "J’ai beaucoup voyagé et vraiment c’est du jamais vu, raconte-t-elle. Le camp n’est pas du tout sécurisé. Tout le monde va et vient comme il veut. En trois jours, on ne nous a jamais demandé nos passeports."

Au 1er avril, le HCR estimait à 147.000 le nombre de personnes rapatriées de Tunisie depuis le début de l’insurrection libyenne.

L’OIM a pour mission d’organiser ces rapatriements (lire en PDF son rapport d’activité au 11 avril). A ce jour, les Asiatiques et les Egyptiens ont pu rejoindre leurs pays. Mais selon l’OIM, "les fonds des donateurs internationaux s’amenuisent de jour en jour". L’organisme a demandé 160 millions de dollars à la communauté internationale afin d’évacuer et de rapatrier les migrants. Elle n’a reçu que 25% de la somme.

Désormais, les Etats préfèrent se concentrer sur la situation humanitaire à l’intérieur de la Libye. Le nombre de personnes rapatriées diminue. Il s’élève actuellement à moins de 1000 par jour. 

Une vidéo datant du mois de mars présente la situation dans le camp de la Choucha :

Des camps de transit aux camps de réfugiés

Ceux qui restent dans les camps sont, en majorité, des Subsahariens. Tchadiens, Maliens et Mauritaniens sont en train d’être rapatriés. Mais près de 3000 réfugiés, originaires de pays en guerre ou interdits de territoire, sont dans l’incapacité de quitter la Choucha. Les Erythréens, les Somaliens, les Soudanais du Darfour, certain Éthiopiens et, depuis peu, les Ivoiriens attendent qu’une solution soit trouvée.

Pour Geneviève Jacques, la situation devient "urgente". "Le HCR et l’OIM nous disent qu’ils vont s’occuper de ces gens mais je n’ai pas l’impression que ce soit leur première préoccupation". Contacté par téléphone, Firas Kayal, porte-parole du HCR en Tunisie, explique que "le Comité réfléchit à la possibilité d’amener les réfugiés dans un pays d’accueil mais rien n’est pour le moment fixé".

En attendant, la tension grandit à la Choucha. Les mouvements de protestation se multiplient et des bagarres éclatent entre les différentes communautés. "Tout ceci augmente notre charge de travail et dépasse notre mandat. La sécurité pourrait devenir problématique", insiste Hased Ben Miled, membre du Croissant-Rouge présent à la Choucha depuis février. En mars dernier, "par peur d’être oubliés, des milliers de Somaliens ont manifesté pendant plusieurs jours", rapporte Alassanne Dicko, membre de l’Association malienne des expulsés, présent au moment des faits. Certains espèrent encore rentrer en Libye pour y retrouver un travail.

Début avril, un troisième camp a vu le jour. Pour le moment, il peut abriter 500 personnes. Il s’ajoute à celui de la Choucha et à un autre, financé par les Emirats arabes unis, qui accueille 2000 personnes. Pour la Cimade, c’est le signe que la situation s’aggrave. "Nous craignons que les conditions matérielles s’améliorent et que l’on s’habitue à ce que ces gens restent là", prévient Geneviève Jacques. Et qu’à terme, ce qui était au départ des camps de transit se transforment en camps de réfugiés.

source :
- http://www.youphil.com/fr/article/0...

mardi 19 avril 2011

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