Association Malienne des Expulsés

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Etude sur les conséquences des politiques migratoires européennes en Afrique de l’ouest : les défis des migrants expulsés à Bamako

Rapport d’étude

Résumé (français)

Cette étude porte sur les conséquences des politiques migratoires au Mali et aussi au niveau de l’espace de libre circulation de la Communauté Économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Elle traite les conditions de vie des migrants et migrantes expulsés ou reconduits à la frontière européenne.

Les interviews, l’évaluation et le rapport ont été effectués par une équipe de l’Association Malienne des Expulsés (AME). Dans l’optique d’être associée à toutes les questions liées à la migration, l’Association Malienne des Expulsés (AME) a été créée en 1996 suite à des expulsions massives de maliens en provenance de plusieurs pays : européens, africains et arabes. Ces nombreux maliens revenus dans leur pays d’origine n’ont pas bénéficié de l’accueil dont ils avaient besoin en ce moment de détresse, surtout celui lié à leur réintégration.

Ainsi, l’objectif de l’AME est de porter assistance aux personnes migrantes expulsées et reconduites ; défendre leurs droits, mais aussi à travers notamment l’accueil, l’orientation, l’accompagnement et l’information, en vue de permettre leur réintégration dans la société. Cette étude a été réalisée pour le compte de l’Institut viennois pour le dialogue international et la coopération (VIDC), qui travaille également depuis des années sur la question migratoire et de développement. Dans ce cadre, le (VIDC) a été conseillé par Mariam Mamian Diakité, qui réside à Vienne.

Pour cela, sept entretiens individuels (quatre hommes et trois femmes) et deux groupes de discussion ou entretiens collectifs, dont chacun constituait cinq membres (sept hommes et trois femmes), ont été réalisés. Deux interviews ont été également donnés par les familles des migrants et migrantes concernés. Parmi les dix-sept personnes interviewées, onze étaient expulsées, quatre reconduites à partir des frontières européennes et une personne volontairement retournée. Le mode de retour d’une autre personne n’était pas clair. Aussi bien que soulevé, les personnes interviewées étaient âgées de vingt et trois à trente- cinq ans. Elles ont été expulsées ou reconduite à la frontière : de France (neuf personnes), d’Espagne (quatre personnes), d’Allemagne (2), de la suède (1), aussi bien que de l’Estonie (1). Les interviews ont été placées à l’annexe de l’étude. Des informations ont été recueillies sur leur vie quotidienne, les nombreux défis à relever pour leur réintégration socio- économique, les crises psychiques, ainsi bien que les changements dans les relations familiales, en vue de donner une image réaliste de la situation des migrants et migrantes après leur retour et d’esquisser leur vie à Bamako.

Ainsi, l’équipe de travail de l’AME dans sa deuxième phase de collecte d’informations et de données, des questionnaires ont été adressés à des académiciens, représentants de la société civile, des structures étatiques et des organisations internationales. Les informations 8recueillies dans cette phase ont été liées à la partie d’analyse. Enfin, la formulation de recommandations à l’endroit des décideurs, des organisations de la société civile et des migrants eux-mêmes, pour leur réintégration socio-économique, le respect de leurs droits et la formulation d’une politique internationale.

Les résultats de l’étude

Les différents entretiens avec les migrants et les experts de la migration résultent qu’une simple différentiation des demandeurs d’asile aux soi-disant „migrants économiques “ , ne reflète pas suffisamment la réalité complexe de la migration, ou plutôt ses causes structurelles. Les programmes d’ajustement structurel, l’accaparement des terres, le changement climatique ont fait et font perdre aux jeunes leurs perspectives de survie. Ces facteurs contribuent essentiellement à augmenter le nombre de migration forcée. La politique migratoire de l’UE à l’égard de l’Afrique se concentre sur la réduction de la migration dite irrégulière dans les pays d’origine et de transit (contrôles aux frontières, gestion des frontières, l’influence sur la politique migratoire nationale).

Le contrôle externalisé de la migration n’est pas seulement en contradiction avec la migration régionale traditionnelle, qui reste importante dans la vie quotidienne en Afrique de l’Ouest, mais aussi avec la libre circulation transfrontalière des personnes et la mise en œuvre de la liberté d’établissement en Afrique de l’Ouest, telle que consacrée dans le protocole de la CEDEAO de 1979. Elle conduit à la criminalisation des migrants et à des tensions entre les Etats membres de la CEDEAO.

Un autre point de la politique migratoire européenne est l’intensification des efforts en matière d’accords de rapatriement. Les enquêtes par groupes de discussion et les entretiens individuels ont montré que les différentes formes de rapatriement ont des effets négatifs sur les migrants et leurs familles. Le retour forcé est souvent associé à la perte de statut, à l’image de l’échec, au désespoir et à la maladie mentale. Dans certains cas, il y a aussi une rupture avec la famille ou le conjoint (divorce). Les mesures de soutien socio-économique à long terme (emploi, projets générateurs de revenus) ne sont proposées ni par les pays européens d’où ils sont expulsés, ni par le gouvernement malien.

Les recommandations

• Un plan d’action globale est nécessaire pour garantir les droits des migrants et migrantes, en particulier le long des routes migratoires. En outre, un système d’indemnisation des migrants et migrantes victimes de violence et d’exploitation dans le cadre juridique de la CEDEAO
• Renforcer les programmes d’accueil, d’assistance et d’accompagnement des migrants de retour et appuyer les programmes de création d’emplois durables pour les jeunes en favorisant la réinsertion économique des migrants de retour ;
• La liberté de circulation et d’établissement en Afrique doit être renforcée et la législation nationale (en particulier au sein de la CEDEAO) harmonisée
• Un soutien international en faveur des pays africains est nécessaire pour s’attaquer aux nombreuses causes de la migration forcée
• Au niveau national et régional, un cadre institutionnel pour un dialogue sur la migration entre la société civile, les organisations gouvernementales et régionales est nécessaire

En résumé, l’exode et la migration irrégulière constituent un défi pour les pays africains et européens. Sur la base d’une responsabilité partagée, également pour la situation en Libye, il y a de nombreuses causes de migration forcée à identifier et à combattre. En même temps, la migration apporte une contribution positive au développement du pays, car les transferts de fonds renforcent le pouvoir d’achat des familles et favorisent la croissance. Le rôle positif des migrants dans le développement de leurs sociétés devrait être d’avantage pris en compte dans les futures politiques migratoires des pays européens et africains.

Remerciements

L’Association Malienne des Expulsés (AME) remercie très sincèrement tous ceux et celles de près ou de loin qui ont contribué directement ou indirectement à la réalisation de cette recherche. Nous remercions le Ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine (MMEIA) pour sa disponibilité à avoir accueilli notre équipe, certaines organisations de la société civile malienne pour leur collaboration et le VIDC et leur consultante pour leur soutien technique, la Coopération Autrichienne au Développement pour le soutien financier et surtout l’équipe d’AME qui a réalisé la recherche, les interviews et les reportages.

lundi 30 avril 2018

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