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Les inquiétudes de l’AME face à la crise au Nord Mali

Les récents événements survenus dans le Nord Mali préoccupent l’AME à plusieurs titres :

L’insécurité récurrente qui s’est installée depuis de longues années (suite à divers faits criminels et politico-militaire) affecte les conditions de vie des populations locales et des immigrants sub-sahariens aux frontières Nord et dans les pays voisins du Mali. Ces épisodes ont des conséquences globalement sur la cohésion sociale au Mali et également sur la liberté de circuler (entrée – transit) entre les pays de la région sahélienne et leurs voisins du Maghreb.

En Mai 2011 après les missions au Camp de Choucha ( frontière Tunisie- Libye), l’AME a initié le regroupement des migrants de retour de la Libye avec certaines ONG pour alerter les opinions sur les durs effets du retour involontaire (rapatriements) des milliers de travailleurs migrants Maliens sur le plan socio-économique des familles ; mais surtout sur le ressentiment d’abandon des individus affectés durant la crise Libyenne au moments où les autorités Maliennes accueillaient d’autres « migrants- rapatriés Armés » de retour dans les régions Nord de notre pays.
Témoignage d'un rapatrié de Lybie

Témoignage d’un rapatrié de Lybie lors des Journées de l’AME, 18 décembre 2011 à la Maison des Jeunes de Bamako

Coïncident avec l’arrivée des rapatriés de la Côte d’Ivoire, les activités de plaidoyer de l’AME et des communications de solidarité aux rapatriés ont souligné les impacts des milliers de « laissés pour compte » au profit d’un dialogue incertain avec les centaines de Combattants revenus de la Libye avec un arsenal de guerre. Nos inquiétudes portaient sur la situation socio- politique du pays à l’approche des élections générales 2012 dans le contexte des rapatriements et d’instabilité au Mali.
rapatriement de C.I.

Maliens rapatriés de Côte d’Ivoire à la FEBAK. Source L’ESSOR

Dans la communication sur la dure survie des rapatriés de Côte d’Ivoire et de la Libye, nous avions alerté l’opinion publique sur l’insuffisance du dispositif d’accueil et révélé le manque d’attention des autorités face aux préoccupations des milliers de personnes qui ont transité par la place de la FEBAK ( lieu de regroupement des rapatriés à Bamako). Tandis que le même Gouvernement a dépêché 3 ministres escortées de bonnes intentions pour aller « accueillir et discuter » avec les anciens combattants Touarègues ; et des mallettes d’argent pour financer leurs réintégration sociale au Mali.

Il y eu en Avril et Mai 2011 des manifestations de colère des travailleurs migrants rapatriés ; sur la question des bagages et ensuite pour la prise en compte de leurs situation de précarité dans les axes de réinsertion socio-économique au Mali. A chaque fois, ce sont les policiers qui dispersent les manifestants, au moment où les forces de Police rançonnaient encore des travailleurs migrants de Libye en retour par voies terrestres aux frontières Maliennes. D’autres sont entrés facilement avec des armes et se mettent à revendiquer plus d’autonomie allant jusqu’à l’autodétermination du Nord.

Depuis les premières marches organisées par le groupe MNLA à Ménaka, Kidal et Tessalit ; des informations sur le blocage des convois de migrants dans le désert par des groupes armés et des tracasseries aux frontières sont communiquées par l’antenne de Kidal et les Intervenants de la Maison des Migrants de Gao. Les routes migratoires sahélo-saharienne se situent bien dans les mêmes zones d’influence d’AQMI et des Groupements de Libération en rupture avec le consensus national sur les différents accords passés avec les mouvements rebelles des années 90 et 2000 jusqu’à l’accord d’Alger. Ce sont les anciens combattants de la crise Libyenne qui reviennent avec des armes pour inciter les populations à se rebeller et réclamer la partition du territoire Malien en deux.

Les ONG Internationales comme OXFAM, CICR, MSF et MDM Belgique ont suspendu leurs activités qui étaient essentiellement dirigées au profit des populations locales vulnérables (Santé et assistance alimentaire) et sur les migrants refoulés (assistance et acheminement) dans ces zones de troubles.

De ce fait les immigrants sub sahariens du coté Malien et au Niger se retrouve entre deux feux et pris en otage lors des déplacements transfrontaliers dans le triangle Kidal- Tinza-Agadez ; les migrants refoulés n’en sont pas moins affectés lors du retour vers le Mali par la prolifération des groupes bandits armés et des dispositifs sécuritaires établis par les autorités nationales dans ces zones Nord.

Au niveau de Bamako ; nous avions suivi le mécontentement des populations sur le manque de communication des autorités dans la gestion des crises au Nord du pays alors que les médias avaient déjà diffusé les différentes rencontres faites avec les belligérants du jour « anciens soldats de Libye. Ils sont entrés en rébellion malgré tout ce qui est offert, alors que d’autres régions comme Kayes ou Ségou n’ont pas reçu autant d’intentions et de financements pour le développement local. Le Malien ordinaire trouve les raisons de l’abandon du Nord non- légitimes pour demander l’autodétermination parce que d’autres régions sont aussi en déclin depuis l’indépendance du Mali sans jamais vouloir prendre les armes contre la République. Ce sont des raisons qui entrainent leurs fils à l’exode et l’émigration à la recherche d’un changement.

Un sentiment de faiblesse des autorités ou de conspiration sourde s’installe dans les esprits des Maliens surtout nourrit pas les nouvelles de désertion de l’administration au Nord, de manque de munitions pour nos soldats lors des combats ou de prise de localités géographiquement opposées.

Dans l’interprétation des rumeurs dans la population et l’engagement des femmes de militaires au front ; des manifestations publiques contre l’autodétermination du Nord et pour le droit aux citoyens d’être réellement informés sur la situation ont été organisés dans les villes de Bamako et de Ségou. Le point culminant a été observé les 1 er et 2 février 2012 lorsque les femmes du camp militaire de Kati (Poudrière d’armement) ont marché sur la Présidence de Koulouba pour s’entretenir physiquement avec le Chef Suprême des Armées du Mali ; le Général Amadou Toumani Touré.
Témoignages de femmes et mères

Témoignages de femmes et mères de migrants lors des Journées de l’AME, 18 décembre 2011

Des débordements ont été signalés durant les 3 jours de tension et même des lynchages sous forme de « racisme » ciblé contre les « peaux claires » ou touarègues sont enregistrés à Bamako et dans d’autres localités du Mali. En fait, il s’agissait plus de vandalisme sur les biens publics et privés dans le parcours des marches ; mais surtout de vendetta politico-affairiste entre personnes qui sont acteurs des diverses crises au Nord. Certains opportunistes se sont infiltrés dans les manifestations pour créer une psychose de « chasse aux touarègues » mais plus politiquement pour déstabiliser le socle consensuel de la gestion des affaires de l’Etat en accusant directement le Président de « Trahison ». D’autres y voyait le moment de forcer « la révolution » pour instaurer une autre Gouvernance. La majorité des populations se demandaient néanmoins si ces événements ne constitueraient pas une raison pour reporter les élections d’Avril 2012 qui donneront du même coup un autre mandat à ATT.

Les réflexions sur la cessation des hostilités au Nord, la récupération des localités assiégées par les rebelles et la ténue d’une élection attendue par tous les partis politiques ont nourri les débats pour la sortie de cette crise. Les opinions publiques font les parallèles sur le développement des régions du Mali et les volontés réelles des autorités à donner les pleins pouvoirs aux collectivités locales décentralisées pour barrer la route aux rebellions et porter l’attention à toutes les régions du Mali.

Selon l’avis général des Maliens ces crises à répétitions ont été mal gérées, le mécontentement actuel devant découler d’une « guerre » d’intérêts plus que sur la volonté réelle de sécession.

Plusieurs compatriotes se sont réfugiés dans les pays voisins et les associations de migrants redoutent plus de blocage pour les immigrants et davantage de difficultés pour les refoulés.

Les 6 et 7/02/ 2012 des parlementaires et des responsables politiques du Mali se sont rencontrés sur ces questions et avec le Gouvernement il s’agit de trouver les voies de la paix et l’intégrité du Mali.

L’antenne de Kidal continue à enregistrer les arrivées des convois venant de Tinza mais ces dernières semaines risquent d’être fortement perturbées par les force en présence et le niveau des combats. Dans cette semaine Modibo Diakité le représentant AME à Kidal a approché le Préfet de Région pour assister les résidents et les migrants fuyant la zone de Tinzawaten et Inhalid prise par les rébelles. Au regard des menaces sur la sécurité des biens et des personnes à Kidal, les autorités militaires ont érigé des points de contrôle et filtrent les entrées et sorties. Ce qui a pour conséquence de bloquer dans la ville des centaines d’individus voulant rejoindre Gao ou plus au Sud pour les immigrants qui souhaitent retourner dans leur village. Le Préfet de la Région de Kidal a ainsi remis 200 kgs de nourriture pour assister les réfugiés chez Modibo.

L’AME est également en liaison avec la Maison des Migrants de Gao pour le partage d’informations sur la situation des migrants ; des réunions de travail et des analyses sont faites dans le cadre du GRAMI pour la veille et la disponibilité à répondre aux sollicitations des refoulés dans la zone du Nord

Alassane Dicko
Chargé du Plaidoyer
AME- Projet Régional
Bamako Mali

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vendredi 10 février 2012

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