Un premier semestre 2026 marqué par une dégradation continue des droits des migrants
L’année 2026 confirme une tendance observée depuis plusieurs années : les politiques migratoires deviennent de plus en plus sécuritaires, tandis que les droits des personnes migrantes restent insuffisamment protégés.
Aux frontières européennes, les procédures de contrôle se renforcent. En Afrique, les violences xénophobes persistent. Dans le domaine sportif, la Coupe du Monde 2026 a révélé les conséquences directes des politiques migratoires sur la libre circulation des personnes.
Pour autant, quelques initiatives positives démontrent qu’une autre approche est possible. C’est notamment le cas du vaste programme de régularisation lancé par le Royaume d’Espagne.
Pacte européen sur la migration et l’asile : une réforme qui fait craindre davantage d’expulsions
Entré officiellement en vigueur le 12 juin 2026, le Pacte européen sur la migration et l’asile constitue la plus importante réforme migratoire de l’Union européenne depuis plusieurs années.
Selon les autorités européennes, ce nouveau dispositif vise à renforcer la gestion commune des frontières extérieures, harmoniser les procédures d’asile et mieux répartir les responsabilités entre les États membres.
Cependant, pour l’Association Malienne des Expulsés, cette réforme risque surtout d’accentuer les difficultés auxquelles font face les migrants africains.
L’AME s’inquiète notamment :
• du renforcement des contrôles aux frontières ;
• de l’accélération des procédures d’expulsion ;
• du recours accru aux détentions administratives ;
• de l’externalisation des politiques migratoires européennes vers plusieurs pays africains ;
• de l’utilisation massive des données biométriques ;
• du transfert potentiel des demandes d’asile vers des « pays tiers sûrs ».
Selon l’Association, ces nouvelles dispositions pourraient rendre encore plus difficile l’accès à une protection internationale pour les personnes fuyant les conflits, les persécutions ou les crises humanitaires.
Afrique du Sud : la résurgence inquiétante des violences xénophobes
L’AME a exprimé sa profonde préoccupation face aux nouvelles attaques visant les ressortissants africains vivant en Afrique du Sud.
Depuis plusieurs semaines, des manifestations anti-immigration, accompagnées de violences, de pillages et d’expulsions, alimentent un climat de peur dans plusieurs villes sud-africaines.
Pour l’Association, si le chômage, les inégalités sociales ou encore la pauvreté constituent des défis majeurs en Afrique du Sud, ils ne peuvent en aucun cas justifier des violences contre des personnes en raison de leur origine.
L’AME regrette également le manque de réactions fortes des institutions africaines et rappelle que la libre circulation des personnes demeure l’un des piliers de l’intégration africaine.
« Les difficultés économiques ne doivent jamais servir de prétexte à la haine, à la violence ou à la stigmatisation des migrants. »
Espagne : une politique de régularisation saluée comme un modèle de pragmatisme
Parmi les rares signaux positifs observés cette année figure la vaste campagne de régularisation lancée par le Royaume d’Espagne.
Prévue initialement pour près de 500 000 migrants sans papiers, cette opération exceptionnelle a enregistré plus d’un million de demandes avant sa clôture le 30 juin 2026.
Cette réforme, portée par une importante mobilisation citoyenne, répond également aux besoins économiques du pays confronté au vieillissement de sa population.
Pour l’AME, cette initiative démontre qu’une politique migratoire peut conjuguer réalisme économique, intégration sociale et respect des droits humains.
L’Association encourage les autorités espagnoles à poursuivre cette dynamique.
Coupe du Monde 2026 : quand la politique migratoire s’invite dans le football
La conférence de presse a également mis en lumière les nombreuses restrictions migratoires qui ont marqué la Coupe du Monde 2026 organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Supporters privés de visas, journalistes empêchés d’exercer leur métier, joueurs exclus, arbitres refoulés : plusieurs acteurs africains ont été victimes de décisions jugées discriminatoires.
Pour l’AME, ces situations sont contraires aux valeurs universelles du sport.
L’Association estime que les grandes compétitions internationales doivent garantir une égalité de traitement entre tous les participants, quelle que soit leur nationalité.
« Le sport doit unir les peuples, non reproduire les barrières qui divisent le monde. »
Les positions officielles de l’Association Malienne des Expulsés
À l’issue de cette conférence, l’AME a réaffirmé ses principales positions.
L’AME condamne
• l’entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration et l’asile, dont les effets pourraient accentuer les violations des droits des migrants ;
• les violences, les pillages, les expulsions et les actes xénophobes contre les migrants africains en Afrique du Sud ;
• les discriminations observées lors de la Coupe du Monde 2026 à travers les refus massifs de visas et les restrictions imposées à plusieurs acteurs africains.
L’AME interpelle
L’Association appelle :
• l’Union européenne à évaluer les conséquences humaines de sa nouvelle politique migratoire ;
• les autorités sud-africaines à garantir la sécurité des migrants et à respecter leurs engagements internationaux ;
• les gouvernements des pays organisateurs de la Coupe du Monde à assurer un accès équitable aux compétitions internationales ;
• la FIFA à mieux protéger les participants confrontés aux restrictions migratoires.
Les principales recommandations de l’AME
Afin de promouvoir une gouvernance migratoire plus juste, l’Association recommande notamment :
• la poursuite des programmes de régularisation des migrants en Espagne ;
• la fin de l’externalisation des politiques migratoires européennes ;
• une meilleure protection des demandeurs d’asile ;
• la création d’un mécanisme international facilitant l’obtention des visas lors des compétitions sportives ;
• un protocole FIFA garantissant les droits des participants soumis à des restrictions migratoires ;
• la création d’un observatoire indépendant chargé de suivre le respect des droits humains lors des grands événements sportifs ;
• le renforcement de la solidarité africaine en faveur de la libre circulation des personnes.
L’AME : plus de vingt-cinq ans de lutte pour les droits des migrants
Depuis sa création, l’Association Malienne des Expulsés est l’une des principales organisations de défense des droits des migrants au Mali.
Elle agit quotidiennement pour :
• défendre les droits humains des migrants et des personnes expulsées ;
• accompagner leur réinsertion sociale et économique ;
• offrir une assistance juridique, sociale et psychologique ;
• documenter les violations des droits des migrants ;
• sensibiliser les autorités publiques et les citoyens aux réalités migratoires ;
• promouvoir une migration sûre, régulière et respectueuse de la dignité humaine ;
• lutter contre toutes les formes de discrimination, de racisme et de xénophobie.
Grâce à son travail de terrain, son expertise et son plaidoyer, l’AME est aujourd’hui un acteur incontournable dans la promotion des droits des migrants au Mali et en Afrique.
Conclusion : remettre l’humain au centre des politiques migratoires
Au terme de cette conférence de presse, un message s’impose : les défis migratoires ne pourront être résolus par le seul renforcement des frontières ou la multiplication des mesures restrictives.
L’AME rappelle que les migrations sont une réalité historique, sociale, économique et humaine. Elles exigent des réponses équilibrées conciliant sécurité, coopération internationale et respect des droits fondamentaux.
L’Association Malienne des Expulsés réaffirme ainsi son engagement à poursuivre son action auprès des migrants, à renforcer son plaidoyer auprès des décideurs et à promouvoir une gouvernance migratoire fondée sur la dignité, la justice, la solidarité et le respect des conventions internationales.

