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RFI / Sarkozy affronte l’hostilité à Bamako

En visite au Mali, le ministre français de l’Intérieur a provoqué des réactions de protestation après la vote de la loi française sur l’immigration qui instaure le principe de « l’immigration choisie » par la France.


Nicolas Sarkozy n’a pas été compris par les Maliens qui manifestaient dans la rue à Bamako.
(Photo : AFP)

De notre correspondant à Bamako

En moins de 24 heures d’une visite au Mali, Nicolas Sarkozy a eu droit à trois manifestations contre sa loi basée sur le concept « d’immigration choisie ». Trois manifestations et une dizaine de communiqués, les uns plus virulents que les autres. C’est donc un ministre français totalement incompris des Maliens qui quitte jeudi soir Bamako pour Cotonou, deuxième étape de sa tournée africaine.

A Bamako, le mouvement anti-Sarkozy a commencé mercredi. A l’appel d’organisations de jeunesse, de partis politiques, de syndicalistes d’associations d’expulsés de France et d’Europe, quelques centaines de personnes se sont dans un premier temps regroupées devant la Bourse du travail de Bamako, lieu mythique où est toujours donné le départ de toutes les manifestations de colère

Impressionnant dispositif des services de sécurité sur les lieux. Le quartier est quasiment bouclé. La marche est interdite. La décision est lue par le maire de la commune. Le ton monte. Echanges de propos acides entre le maire de la commune et des manifestants. Un coup de fil mystérieux tombe, la marche est finalement autorisée. Elle débute. Les banderoles poussent au dessus de la tête des manifestants. Toutes dénoncent « l’immigration choisie » mais surtout Nicolas Sarkozy lui-même. Un calicot rustique lui rappelle qu’il est aussi « fils d’immigrés », une banderole lui administre un « persona non grata au Mali ». Dans la foule, un gamin pousse des cris. En fait il hurle : « Sarkozy, aux arrêts ».

« Sarkozy doit partir d’ici »

Dans la foule on trouve aussi des hommes politiques. L’un d’eux s’appelle Oumar Mariko. Spécialiste de l’agit-prop, pourfendeur de tous régimes politiques maliens, il lance : « Nos dirigeants de doivent pas cautionner ce genre de visite. Nicolas Sarkozy est en campagne. Il vient comme pour dire à l’électorat français : "Regardez, je fais voter une loi pour durcir les conditions d’entrées en France des étrangers, et vous voyez, je vais sans problème dans les pays qui seront frappés par cette nouvelle loi". Alors Sarkozy doit partir d’ici ».

Les manifestants prennent ensuite la direction de l’ambassade de France à Bamako. Mme Barry Aminata Touré, grande figure du mouvement associatif en Afrique, élève le ton : « Nous refusons d’êtres considérés comme des bêtes à qui on fait ce que l’on veut. Nous sommes contre la fermeture à double tour des frontières françaises. C’est un mépris à l’histoire entre la France et le Mali », dit-elle sous un soleil de plomb.

La nuit enveloppe la ville de Bamako, les manifestants rentrent se coucher, l’avion de Nicolas Sarkozy se pose sur le tarmac de l’aéroport international de Bamako-Sénou. Avant de descendre. Il sait qu’il vient en terrain miné. « Je viens pour déminer », a t-il d’ailleurs confié à la trentaine de journalistes français qui l’accompagne.

Des visas infalsifiables

Jeudi, au saut du lit à Bamako, une bâche, oeuvre des anti-Sarkozy est dressée sur un parking, en face de l’ambassade de France à Bamako. C’est le sit-in. Le ministre français passera là sans s’arrêter pour visiter le consulat de France qui délivre depuis quelques mois des visas biométriques. Sur le nouveau document, figurent les empreintes digitales du propriétaire. Infalsifiable, dit-on. Plus possible à un petit frère d’emprunter le passeport du grand frère pour aller en France. Plus possible aussi à un député malien de « louer » contre espèces sonnantes et trébuchantes, son passeport diplomatique à un citoyen lambda pour qu’il parte en France.

Toutes proportions gardées, le président malien Amadou Toumani Touré partage certaines réticences des manifestants. Dans un entretien accordé à RFI, il a d’abord affirmé qu’il comprenait les manifestations hostiles à l’arrivée de Nicolas Sarkozy. Il a par ailleurs fait un jeu de mots. A la loi sur « l’immigration choisie », il oppose l’attitude du Mali qui ne pratique pas « l’hospitalité choisie ou sélectionnée » à l’encontre du ministre français.

Reçu avec les honneurs

Le numéro 2 du gouvernement français a été reçu avec les honneurs. Plusieurs ministres pour l’accueillir à l’aéroport, véhicule de luxe généralement attribué aux chefs d’Etat, motards en grand nombre, le directeur adjoint de la police nationale s’est même rendu sanglé dans sa tenue officielle à l’hôtel du ministre français pour lui rendre les honneurs.

Côté visite de terrain, Nicolas s’est rendu dans une école maternelle tenue par une femme, qui a bénéficié de l’aide au retour, l’un des trois volets du dispositif d’aide au retour volontaire mis en musique en France par l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (ANAEM).

Les Africains en situation irrégulière en France qui souhaitent bénéficier de l’aide au retour ont droit à 1 000 euros par adulte, 3 500 euros pour un couple et 1 000 euros par enfant jusqu’au troisième puis 500 euros par enfant, pour le financement d’un projet de réinsertion. Ce sont généralement des projets individuels de réinsertion économique, généralement les petits commerces alimentaires, des salons de coiffure ou encore une crèche-garderie d’enfants, comme celle que Nicolas Sarkozy a visitée jeudi.

La propriétaire de la crèche s’est déclarée « satisfaite ». Le ministre français lui a annoncé une bonne nouvelle. Elle recevra bientôt un autre coup de pouce financier. Pourtant l’aide au retour, ne fait pas sortir les clandestins de leur tanière en France, même si les statistiques signalent une nette augmentation des demandeurs de l’aide au retour... plus de 150 par an.

Visite de terrain donc, mais Nicolas Sarkozy en venant au Mali, voulait s’expliquer, convaincre. Il a tour à tour rencontré au ministère malien de l’administration territoriale, trois ministres maliens. Séance de travail. De source proche de la rencontre, il s’est expliqué sur loi qui vient d’être votée par le parlement français.

Le président malien pris entre deux feux

Le proche collaborateur d’un ministre qui a assisté à la rencontre murmure : « Nous avons écouté attentivement le ministre, mais au sortir de la rencontre, nous retenons que rien a changé. La nouvelle loi prévoit une carte de séjour « compétence et talents », qu’on risque de résumer ici par "Oui pour l’élite, non pour les autres, "non au regroupement familial", et "même si vous vivez dix ans en clandestin en France, pas de papier pour vous ».

Chez le Premier ministre malien Ousmane Issoufi Maïga, les propos étaient plutôt convenus. Chez le président malien, où il a eu droit à un déjeuner, le prochain candidat à la présidentielle française, a fait face à un président malien pris entre deux feux. A l’intérieur, on ne comprendra pas qu’il embrasse sur les deux joues un homme qui est perçu comme le frein au départ des Maliens vers la France. D’autre part Amadou Toumani Touré sait qu’en France environ 45 000 ressortissants maliens vivent en situation régulière et autant en situation irrégulière, selon les chiffres fournis par Nicolas Sarkozy lui-même.

Le cordon ombilical financier qui relie le Mali et la France passe par la région malienne de Kayes, région pauvre dont est originaire l’écrasante majorité des maliens résidents en France. Bon an, mal an, ces derniers envoient dans leur région, environ 180 millions d’euros, fruit de leur travail, somme supérieure à l’aide au développement que la France accorde annuellement au Mali. Et justement jeudi, plus de 200 élus locaux, membres d’associations d’expulsés, associations de défense des droits de l’homme, se sont regroupés à Kayes pour « dénoncer catégoriquement » la visite du ministre français à Bamako. « Nous n’acceptons pas cette visite. Pour nous, immigration choisie = moins d’argent envoyé par nos parents qui sont en France ».

La campagne électorale française

Manifestations à Bamako contre la venue de Nicolas Sarkozy, manifestations aussi à Kayes, 21 députés maliens ont manifesté aussi à leur manière : Dans un communiqué, ils ont déclaré Nicolas Sarkozy « persona non grata » au Mali, avant de qualifier sa visite de « provocation ».

« Les Maliens répondent à la provocation par la colère. Et les Maliens finissent toujours par gagner la bataille », assure Mamadou Coulibaly, juste avant que Sarkozy ne boucle son voyage malien par deux autres rendez-vous : l’un sur sa vision des relations entre la France et l’Afrique et une rencontre avec les français résidents au Mali. C’est le côté campagne présidentielle française de 2007 de son séjour malien. Peut-être que sur ce point le message de Nicolas Sarkozy ne sera pas brouillé.

jeudi 18 mai 2006

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