Association Malienne des Expulsés

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Rapport sur l’Antenne AME de Kidal

- Contexte  :
Le Nord Mali est depuis longtemps une porte de passage pour les candidats maliens à l’émigration vers l’Algérie et la Libye à la recherche de travaux saisonniers à faire.
La ville de Gao est ainsi devenue le lieu d’où l’on part à la conquête de l’eldorado ; et Kidal est le point de chute en retour forcé du Maroc ou d’Algérie quelques fois de la Libye.
Le durcissement des conditions d’obtention de visas et les politiques restrictives de la circulation des sub sahariens dans la zone Maghreb ont tôt fait à partir de l’an 2000 de déverser sur les routes mafieuses (le contournement) une grande majorité de migrants économiques et politiques de l’Afrique sub saharienne.
Les migrants toujours à la recherche de passages surs ont envahi Gao qui est aujourd’hui une véritable ville africaine avec toutes les nationalités qui coexistent avec les résidents normaux.
La sous traitance de la surveillance extérieure des frontières Européennes en méditerranée sud à conduit les pays magrébins de transit à arrêter, détenir puis refouler ceux qui n’ont périt dans le désert ou dans la mer.
Tous les migrants bloqués dans les pays magrébins sont reconduits de frontière à frontière pour être abandonnés à Tinzawaten coté Malien. C’est encore le calvaire pour ces personnes affaiblies et démunies de _ trouver un moyen de transport afin de joindre Kidal ville plus proche mais que tous évitent en « montant ».
Dans la réalisation de nos activités de soutien et de sensibilisation ; l’association malienne des expulsés a entrepris en juin 2007 une mission de contact et d’observation vers le Nord Mali principalement Gao et Kidal.

- La mission AME à Kidal :
Au cours de cette mission effectué en compagnie du Père Anselme (Eglise Catholique de Gao) et de Venance KONAN (Ivoirien journaliste à Afrique Magazine) nous avons visité les principaux foyers de Gao où les coxers logent les candidats au départ ; la plupart d’Afrique de l’Ouest et Centrale. Ces gens arrivent de toutes les directions avec la même idée ; partir.
Les réseaux de passeurs les embarquent en convoi pour traverser le désert vers l’Algérie ou la Libye d’où ils essaient de joindre les rives Nord de la Méditerranée (Espagne, Italie, Grèce)
Plus au Nord c’est à Kidal que nous avons retrouvé de nombreux migrants africains refoulés vers le Mali. Dans l’ensemble il y avait 05 foyers d’accueil de ces personnes qui arrivent épuisées, malades et sans ressources pour survivre dans cet environnement d’accès difficile.
Les refoulés pour la plupart cherchent à faire de petits boulots afin d’avoir un peu d’argent pour manger, économiser aussi pour le transport soit vers la région d’origine soit vers une nouvelle tentative de franchir la mer. La délégation a expliqué les politiques à l’œuvre.
Au foyer de Modibo Diakité comme dans les autres nous avons fait 04 jours de sensibilisation sur les conséquences de la migration sauvage et une lecture réelle de leur situation à Kidal.
Le message a passé et les personnes bloquées nous ont encouragées à installer un poste d’accueil et de soutien parce que à Kidal comme dans toute la zone de chute les autorités ne font rien pour les intéresser. Ni appui ni conseil ou accompagnement.
Etant livrés à eux même depuis la zone de refoulement ils se débrouillent pour atteindre les différentes villes du parcours retour jusque dans la région d’origine ou à Bamako.
Leur souhait a été d’implanter une coordination de l’association à Kidal et Gao pour sensibiliser ceux qui tentent de « monter », dénoncer les trafiquants qui vendent le rêve de l’autre coté, soutenir ceux qui arrivent refoulés et interpeller les autorités sur les manquements aux droits fondamentaux garants de la dignité humaine, donc de portée universelle.

- La désignation d’un représentant local AME :
La délégation de l’AME a eu 02 réunions avec les chefs de dortoirs afin d’harmoniser les procédures d’accueil, de soutien et d’accompagnement des migrants refoulés qu’ils logent.
Ensuite nous sommes passé à la désignation de la personne qui va coordonner l’accueil là.
La majorité des gens ont porté le choix sur Modibo Diakité, un ex refoulé (après 3 tentatives) établit à Kidal avec sa femme qui teint une gargotte où les arrivants trouvent à manger à moindre coût et le lus souvent à crédit.

Modibo Diakité a négocié avec le Commandant de région le nettoyage et l’occupation d’un ancien bâtiment administratif délabré ; au toit défoncé à plusieurs endroits.
C’est là que viennent dormir les refoulés qui ont été abandonnés à Tinzawaten.
Modibo dispose d’un registre AME coté et paraphé par le Commissaire de Police de Kidal dans lequel il enregistre toutes les personnes que l’antenne reçoit et accompagne.
Dans ses activités d’accueil il se réfère toujours aux autorités afin d’obtenir un sauf conduit qui permet de circuler et rejoindre la région ou le village d’origine.
D’abord pour signaler la présence des refoulés dans le foyer, éventuellement les orienter vers l’hôpital ou à la Croix Rouge locale pour y recevoir des soins.
Ensuite avec l’accord des autorités et tenant une liste de ceux qui veulent regagner leur famille leur village, Modibo négocie les frais de transport, les accompagne à la gare pour l’embarquement.
Très souvent nous arrivons juste à faire venir ces refoulés à Gao et de là c’est l’ Eglise Catholique qui les prend en charge pour l’acheminement vers leur destination sud.
Ceux qui sont de la région de Kayes ou des pays comme le Sénégal, la Guinée sont orientés vers Bamako et de là l’AME les dispatchent vers leur destination désirée.

- Les activités de l’antenne locale AME :
Dans ses activités de soutien et d’accompagnement des migrants refoulés vers le Nord Mali l’antenne locale AME a enregistré et aidé administrativement, médicalement, au transport et à la nourriture de 698 personnes en retour forcé de juillet 2007 à juin 2008.
Nous comptons dans ce lot de refoulés du Maroc, d’Algérie et de la Libye :
371 maliens, 33 burkinabés, 53 Ghanéens, 37 Ivoiriens, 13 béninois, 8 Gambiens, 12 Libériens, 52 Sénégalais, 33 Guinéens, 11 congolais- Brazza, 15 congolais Kinshasa, 09 togolais, 39 Camerounais, et 12 nigériens.
Ces migrants sub sahariens refoulés des pays du Maghreb ont tous été pris en charge en frais de transport retour soit par l’AME soit par l’Eglise Catholique de Gao.
Les malades ont été soignés pour la plupart sur les fonds de l’association et souvent par la Croix Rouge ; mais les autorités ne s’impliquent pas dans ce volet de secours humanitaire.

Pour cette même période nous avons décelé :
03 malades mentaux, 05 malades hospitalisés traitées et guéries, 20 personnes blessées sur le parcours du retour forcé, 03 personnes décédées enterrées après autorisation du Commandant de région et du Commissaire de Police de Kidal.

- Le constat de l’antenne locale AME- Kidal :
Aujourd’hui le foyer- dortoir de Modibo est en délabrement avancé, et les autorités ont décidé de fermer le vieux bâtiment pour insalubrité. Nous savons bien que nos activités les dérangent mais ils nous ont toléré un temps ce qui n’est pas continuel.
Le bâtiment est près de s’effondrer, il n’y a plus de toit pour protéger des intempéries.
La saison pluvieuse qui commence à accentuer l’inconfort dans ce lieu ; les refoulés n’ont plus d’abri chez Modibo.
Néanmoins nous avons colmaté certaines brèches faciles à faire pour avoir au moins un tiers de l’espace couvert ; cela ne suffit pas.
Le Commissaire de la ville de Kidal a prétexté l’insécurité de la zone pour nous demander de trouver un autre lieu, le vieux bâtiment étant promis à la destruction.
En plus de ces faits Modibo même manque de ressources pour faire fonctionner la gargotte ; les repas de font rare à moindre coût pour les démunis.
La dotation moyenne de 175.000 Frs Cfa que nous prévoyons pour le fonctionnement de l’antenne ne satisfait pas aux besoins, ni aux réalités du jour ; parce que malgré la crise au Nord Mali les refoulés continuent à arriver, de même que des candidats à l’émigration affluent vers Gao et Inhalid.
Le père Anselme qui nous soutient dans ces activités est partit en vacances et avant même son départ il nous avait dit qu’il faut que nous intéressions d’autres partenaires afin de continuer à soutenir ces malheureux qui ont laissé l’espoir pour la résignation.
Il est urgent et vitale de renforcer notre antenne local au bénéfice es migrants.
Le Gouvernement à travers le Ministère des Maliens de l’extérieur a accepté d’installer 17 postes d’observation le long de la bande saharienne ; de la frontière Mauritanienne jusqu’à celle d’Algérie avec notre pays ; financés par l’Union Européenne.
Récemment une visite à Gao nous a permis de voir le responsable du poste d’observation de Gao qui nous à donner les objectifs : décourager, orienter les migrants vers leur région d’origine afin d’aller cultiver les terres. Il n’y a d’autres procédures que le blocage des convois et la répression sur les migrants.
Nous savons dores et déjà que 05 de ces postes sont opérationnels à savoir :
02 postes à l’aéroport Bamako- Senou et à la Gare Fluviale, 01 poste à Gao et 02 postes à Kayes (aéroport et gare) pour lutter contre l’immigration clandestine au Mali.
Pour relever les défis de la défense des droits des migrants il est urgent de renforcer nos cellules de veille, d’accueil et d’observation tant à l’aéroport de Bamako où nous enregistrons en moyenne 03 expulsés quotidiens, et à Kidal où arrivent en moyenne 15 à 20 personnes refoulées par semaine. Sans compter les charters de la Chine, la Libye et des autres pays d’Afrique qui expulsent aussi nos concitoyens.
Avec la directive du retour et le renforcement de Frontex il faut s’attendre encore à plus de refoulement et d’expulsion à venir.
Notre Gouvernement, et certaines associations intervenant dans l’immigration ont accepté d’émarger sur la liste de l’Union Européenne afin de bénéficier des financements pour lutter contre la migration clandestine ou irrégulière ; donc de cacher la réalité des causes.
Nous avons besoin d’aide pour aider ceux qui ont besoin d’aide.
Modibo vient d’être relâché après avoir passé 06 jours de garde à vue sur dénonciation.

Vous trouverez en annexe l’alerte de son arrestation et les messages sur sa libération.

Ousmane DIARRA
Président de l’association malienne des expulsés AME.

mercredi 10 septembre 2008

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