Association Malienne des Expulsés

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rapport de la mission AME MdM à Choucha Tunisie

Le rapport de mission d’origine, à télécharger :

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Camp de Choucha
Tunisie du 14 au 24 mars 2011

Produit par : Oumar SIDIBE
Tel : (00223) 66499675/76398257
Email : abcoumar@yahoo.fr
Mai 2011

Introduction :
A la suite des événements survenus en Libye, Oumar SIDIBE intervenant AME au projet ICMD Ma/052 (qui a pour titre : Améliorer l’accès aux soins en santé mentale des personnes migrantes en situation de retour forcé au Mali), a effectué une mission d’urgence humanitaire médicale, du 14 au 25 mars au compte de Médecins du Monde France au camp UNHCR à Choucha en Tunisienne, à 7 kilomètres de la frontière Libyenne.

L’équipe conjointe de Médecins du Monde France et l’Association Malienne des Expulsés.
1.1Composition de la mission :
L’équipe était composée de :
Jean Richard Tiénou (Psychologue praticien du réseau) ;
David Gavard (logisticien/administrateur de la mission) ;
Rafick Bédoui (Coordinateur médical de la mission) ;
Oumar Sidibé (intervenant AME Pool Solidarités) ; en remplacement de Alassane Dicko qui participait à la première expédition.

1.2 Objectif de la mission :

Informer et orienter les personnes accueillies ;
Apporter assistance et soutien psychologique aux réfugiés du camp et particulièrement à ceux du Mali et de la sous région ouest africaine ;
Référer auprès des psychologues professionnels en cas nécessité les personnes traumatisées.
Accompagner/orienter les personnes malades auprès des centre de soins ou hôpitaux du camp.

1.3 Moyens :

Logée à l’Hôtel Noor à Ben Garden, l’équipe de la mission disposait d’un véhicule (Hyundai Rio), pour assurer le transport entre la ville et le camp UNHCR à Choucha, deux tentes constituaient notre espace de travail, avec un drapeau de Médecins du Monde dessus pour faciliter le repérage des lieux par les réfugiés et autres prestataires présents.

II. Les Activités réalisées :

2.1 Le camp : Il s’étend sur plusieurs hectares dans un espace spécialement aménagé pour abriter les tentes avec un dispositif nécessaire pour l’accueil et l’hébergement des réfugiés. Les conditions de vie étaient quasiment réunis pour le séjour temporaire des réfugiés.

Le camp de Choucha abritait deux Hôpitaux militaires (un Marocain, un Tunisien,) une restauration régulière, un centre d’appel téléphonique pour permettre aux refugiés de rentrer en contact avec leur famille et leurs proches. Les des tentes étaient dotées de matelas et de couvertures. Il y avait aussi des douches et des toilettes. Des médecins, des psychologues, des travailleurs sociaux et d’autres prestataires spécialisés y intervenaient

Tout ce monde travaillait dans une étroite collaboration, intervenants des institutions, associations et ONG présentes. La main d’œuvre était recrutée dans la ville voisine de Ben Garden, cette situation est survenue suite à une sollicitation de la société civile de cette ville. En effet, c’est les refugiés eux même, qui aux premières jours de l’ouverture du camp étaient sollicités pour ces travaux, d’entretiens notamment. Cette activité les permettait d’avoir un peu d’argent de poche avant leur rapatriement. Il faut signaler que l’ouverture e ce camp a créer des centaines d’emploi au niveau de la ville de Ben Garden, du ramassage des ordures, en passant par les citernes pour apporter l’eau, ou encore les étalagistes pour la vente e divers articles.

Le 15/03/2011

Arrivé vers 09 heures 30 minutes le 15 mars et installé à l’Hôtel Nour à Ben Garden (ville de résidence de la mission) je n’ai pas été en mesure d’aller au camp de Choucha situé à environs 27 km pour cause de vent de poussière. Cependant j’ai pris part au briefing qui a eu lieu pour information générale et la mise en place d’un chronogramme pour une meilleure coordination des activités de l’équipe.

Le 16/03/2011.

L’équipe (4 personnes) est arrivée au camp vers 08 heures, sa première activité fut de prendre connaissance avec les lieux (visite guidé du camp, et prise de contact avec les refugiés) en compagnie du psychologue de la mission. Certains regroupements e réfugiés furent présentés ainsi que des responsables des associations, ONG et institutions internationales présentes.

A la suite de cette visite guidée, les activités réalisées dans le camp de Choucha au bénéfice des réfugiés se constituaient en groupes de parole qui ont permis de rassurer les bénéficiaires, d’identifier leurs préoccupations immédiates et par conséquent de les orienter vers des prestataires spécialisés en psychologie ou en santé etc. Cette activité se déroulait dans le camp, sous, ou devant les tentes ou résidaient les refugiés, mais aussi les deux tentes de MDM, qui constituaient notre espace de travail. Il faut signaler que certains groupes de parole se sont déroulés avec plus de 20 personnes en moyenne compte tenue des circonstances. Bien que cela puisse rendre les conditions de travail difficiles, il était nécessaire de tenir compte du réel besoin de ces personnes, en termes d’écoute, de communication et d’orientation, et leur offrir cette opportunité.

Beaucoup se sont exprimés sur leur situation. Cependant certains réfugiés étaient si traumatisés et anxieux qu’ils avaient du mal à communiquer pendant les groupes de parole. Ils écoutaient avec attention ce qui se disait, faisaient des signes comme pour confirmer les vécus de ceux qui parlaient. La préoccupation majeur qui sortait de ces entretiens était de partir, quitter le camp, aller loin d’ici, rentrer dans son pays d‘origine.

« Je veux rentrer, quitter ici, mais le retour à la maison va se dérouler comment ? Malgré tout c’est chez nous, même si on a rien » témoignage de M T, Malien de 31 ans originaire de Bamako, après un séjour de 13 mois à Tripoli.

Cette demande est la source des nombreuses marches de protestations des ressortissants de certains pays dans le camp avec des slogans tels « We want go home » « We want leave » « nous voulons rentrer maintenant et tout de suite » etc. Parmi les réfugiés se trouvaient des ressortissants de pays en crise. Ceux-ci étaient quasiment bloqués et n’avaient aucune idée sur la possibilité de leur rapatriement, situation qu’ils déploraient et qui les mettaient en colère. L’équipe a orientée des dizaines de personnes en quête d’asile politique vers les centres d’enregistrements de l’UNHCR. Majoritairement on dénombrait des Ivoiriens, auxquels s’ajoutaient des ressortissants d‘autres pays en crise tel que le Soudan et la Somalie.

Premier groupe de parole à Choucha :

Les femmes (4) refugiées maliennes et leurs enfants (3) ont été les premières personnes rencontrées dans le cadre de l’animation des groupes de parole. Après la présentation de la mission, ces personnes qui étaient réservées au début de nos entretiens, ont eu petit à petit confiance et ont fini par coopérer et prendre la parole pour témoigner sur leur vécu. Elles sont revenues sur les événements en cours en Libye, leur pays d’accueil, les violences subies par certaines proches et connaissances, les arrestations arbitraires, les pillages des foyers de migrants etc. Bien qu’ayant pas vécu de violence physiquement, il leur fallait quitter ce pays avec les enfants et se mettre à l’abri, compte tenu du climat d’insécurité qui prévalait. Ces femmes vivaient à Tripoli en Libye avec leur mari et enfants depuis 4, 5 et 7 ans, sauf la quatrième qui était une jeune célibataire sans enfant, belle sœur d’une entre elle. Elles étaient toutes arrivées précipitamment au camp, laissant époux et bagages derrière elles. Anxieuses, c’est la vie de leur mari et compagnons restés en Libye qui étaient leurs préoccupations majeurs au-delà des biens personnels qu’elles avaient constitués. Elles avaient peur pour leurs proches restés en Libye.
Les conditions du voyage vers le camp à savoir les multiples barrages, les contrôles et fouilles à en plus finir ont été des difficultés supplémentaires qu’elles ont endurées. C’est dans ces conditions que ces réfugiées sont arrivées à Choucha dans la nuit du 15 au 16 mars 2011, elles étaient assez traumatisées et n’arrivaient pas encore à comprendre ce qui arrivait à ce pays, encore moins les violences à l’encontre des ressortissants étrangers, qui pour certains vivaient en Libye depuis plusieurs années. Lors des entretiens, certaines revivaient encore ces scènes de violences comme si elles étaient toujours en situation de conflit.

Ce groupe de parole était leur véritable premier espace d’écoute et d’échange, la présence d’un compatriote qui parle la même langue qu’elles, a certainement facilité leur libération et coopération.

Témoignage de K S : « ils ont blessés des gens qui n’ont rien à voir avec cette situation, ils pensent que nos maris sont des mercenaires, depuis que cette rumeur a commencée à circuler, les agressions contre les ressortissants de l’Afrique noire se sont multipliées. Nos maris ont peur pour leur vie, ils veulent venir mais ont peur d’être enlevés, il y a eu des cas, personne ne connait leur sort. Dieu merci, les femmes et les enfants sont encore épargnés pour le moment. Nous remercions le bon Dieu, depuis que nous sommes arrivées, on s’occupe bien de nous, ce n’est pas votre faute se qui se passe en Libye, merci pour le travail que vous faites ici. Dieu merci, nous sommes avec les enfants à part Boubacar un de nos enfant qui a un peu de Rhume, les autres ça va ».

Témoignage de O C « c’est comme si on était des prisonniers, on ne comprend pas, en plus nous sommes là depuis trois jours, ils ne parlent même pas encore de rapatriement, on veut rentrer au Mali »

Témoignage de S F « j’avais passé plusieurs nuits de cauchemars, hier soir j’ai dormis. Est-ce le gouvernement Malien qui vous a envoyé ici pour nous ? Merci, pour nous, ça va, mais il y a encore des milliers de Maliens, il faut penser à eux… »

Bien que cette mission d’assistance ne soit nullement initiée par le gouvernement Malien, cette question est a été posée plusieurs fois, ce qui signifie que les maliens s’attendaient à une intervention de leur pays d’origine. La réponse fut toujours la même, non. Après les avoirs rassurés sur leur rapatriement sur le Mali, les participantes de ce premier groupe de parole ont été référées au psychologue pour un suivi avant leur rapatriement. (Voir la liste en annexe.)

L’équipe a ensuite effectué une visite à Kitouf (au camp UAE à 5 km de Choucha) où étaient hébergés d’autres refugiés dont environs 600 maliens.

Nous avions eu du mal à faire accepter notre présence par les premiers responsables rencontrés sur place, malgré nos vestes MdM qui nous identifiaient comme équipe intervenant et appartenant à une organisation internationalement connue. Conduit successivement auprès des différents responsables, on a fini par être reçu par le premier responsable du camp (un médecin des Émirats Arabes Unies) les échanges qui ont eu lieu avec lui ( en Arabe avec Rafick) ont permis de calmer les esprits. Les deux institutions étant présentes pour la même cause, à savoir apporter aide et assistance aux réfugiés, l’esprit de complémentarité a prévalu. A travers les échanges, chaque partie a donnée des informations relatives à la situation du camp ou elle exerce.

Au niveau de ce camp aussi, la préoccupation majeure étaient de partir le plus rapidement possible, loin des hostilités Libyennes, se sentir libre « je veux rentrer chez moi et ne plus quitter ».
Témoignage de M T « il faut nous faire partir de ce camp, il y a que deux personnes qui parlent le Français, on ne se comprend pas vraiment, ce que nous voulons c’est rentrer au Mali, c’est tout »
Contrairement à Choucha, ici, il y avait une restriction à la liberté de circulation des réfugiés, le camp était clôturé et la rentrée fermée avec une chaine métallique surveillé par un portier. La visite a permis de rassurer les refugiés présents, particulièrement les Maliens quant à leur acheminement vers leur pays (en langue Bamanan).

L’équipe s’est enfin rendue à Ras Jdir, à la frontière Libyenne pour constater les conditions d’arrivées des réfugiés. Il n’y avait aucun convoi au moment de cette visite. Retour au camp de Choucha vers 14 heures.

Deuxième Groupe de parole :

(Voir la liste des participants en annexe)
Il s’agit d’un groupe de19 personnes au total comprenant de jeunes réfugiés de Guinéens de Conakry, de Guinéens de Bissau, d’Ivoiriens de Maliens et Gambiens. Dès la présentation, ils ont compris qu’ils avaient en face une personne appartenant à la même sous région Africaine, qui parlait la même langue qu’eux et qui était présent pour leur apporter assistance. Visiblement réconfortés, par cette présence, ils étaient devenus plus détendus, coopératifs et communicatifs. Ils étaient arrivés au camp depuis plusieurs jours sans aucune idée sur leur rapatriement. Ils s’étaient anxieux et même certains tenaient des propos qui incitaient à la révolte comme par exemple « tant qu’on ne fait pas quelque chose, ils ne vont pas nous prendre au sérieux, les Bengalais sont entrain d’être acheminés tous les jours, ils ne passent même plus 24 heures au camp » Propos de BH, Guinéen de 24 ans, 8 mois en Libye.

Ils avaient besoins d’avoir des informations rassurantes, parler de leur préoccupations, discuter, être écoutés par une oreille attentive, orientés. Certains commençaient déjà à se culpabiliser sur le choix porté sur la Libye, pays sur lequel ils avaient fondé leurs espoirs et d’où ils viennent de subir des violences et dépossédés de leurs biens gagnés à la sueur de leur front par ceux mêmes qui étaient censés êtres leurs protecteurs. D’autres affirment ne s’êtres jamais sentis en sécurité dans ce pays, dans les transports en communs, au foyer, au travail, partout, ils pouvaient être l’objet d’agression.

Ainsi les difficultés du parcours migratoire qui étaient oubliées depuis longtemps refont surface avec ces événements, ils en parlent, comme s’ils avaient pris tout ce risque pour rien, les pays traversés, les conditions du voyage, le Désert, aucun détail n’est oublié dans leur récit, c’est comme si reparler de leur parcours les soulageaient.

Témoignage de Julio Pariera : « moi je suis parti de la Guinée Bissau pour le Sénégal, puis la Mauritanie, après je suis rentré au Mali, ensuite le Burkina Faso, j’ai continué sur le Niger pour enfin rentrer en Libye. On prend trop de risques sur cette route, le calvaire commence depuis en territoire Nigérien, chaque poste de contrôle constitue une série d’obstacles, il faut toujours payer, les transporteurs sont des truands, d’ailleurs depuis Bamako ils te proposent ‘’Tripoli direct’’, ils sont encore pire au Niger. A partir d’Agadez il n’ya plus de prix fixe pour le transport, c’est selon l’apparence du client, le transport c’est selon les habits que tu portes, la valeur de ta montre bracelet etc. Entre cette ville et Kalilou en passant par Madama, certains paient 35.000 F CFA alors que dans le même véhicule tu peux trouver une personne qui a payé 100 mille F CFA, voire plus. Les postes de contrôle, police, gendarmerie, douane, même la mairie de Kalilou fait payer les migrants, là aussi la sommes varie, selon le bon vouloir de l’agent en face. Là, moi j’ai payé 20.000 F CFA, ils ont un endroit « prison » à côté, du poste de contrôle, pour garder à vue ceux qui refusent ou n’ont plus d’argent, il parait que certains restent banalement enfermés des semaines ou réduit en esclave au service des agents sur place. A Doukou, c’est une Mafia, transporteurs, agents de police, locataires, guides « koxers » te proposent un billet pour Tripoli ou Alger direct, chose impossible. Après avoir payé le transport pour Gadroume, tu peux attendre plusieurs jours avant le départ, tu vis à tes frais, tu n’a pas à te plaindre, d’ailleurs, tu n’a nulle part pour le faire, patient ou impatient ils ont rien à foutre avec toi une fois la sommes encaissée. Une fois le départ, écoutes bien, c’est là où les migrants meurent de fatigue et d’hydratation ou tout simplement de peur de se perdre dans le Désert. C’est là l’enfer du parcours migratoire, je me pose encore la question comment je suis encore en vie, j’avais perdu espoir un moment, notre convoi était composé de 5 Toyota Land Cruiser bâchées, 197 personnes dans le Désert. 40 passagers entassé les uns contre les autres, vous imaginez, 40 personnes à l’arrière de ces véhicules lancer à toute allure sur le sable du Désert, crampes, cris de douleurs, hurlements, des lamentations, tout y passent, ils s’en foutent, ils ne s’arrêtent que lorsque qu’il y a chute, quand quelqu’un tombe du véhicule. Dans ce cas il ne faut pas être gravement blessé sinon, tu es abandonné sur place, et les cas de chutes sont assez fréquents, dans ces conditions on se remet tous à Dieu et on se tient bien, très bien et voilà. Vous êtes ensuite débarqué quelque part dans le Désert en vous affirmant que la ville de Sabah est juste derrière ces dunes, en compagnie d’un guide c’est des dizaines d’heures de marche qui commence. C’est pendant ce parcours que les membres d’un convoi font le décompte pour savoir à chaque pause le nombre des absents pour ne pas dire morts. Tu ne peux pas faire ce tronçon sans voir de cadavres. Demandez à tous les migrants, ils vous le confirmeront, j’ai vu deux jeunes Camerounais de notre groupe agonirent, ils sont restés sur place dans le Désert, tu dois continuer pour ne pas mourir. Un jeune a mangé du papier qu’il avait sur lui, peut être son extrait de naissance, nous on a marché 3 nuits et deux jours, certains font plus.

Le groupe doit être très vigilant, le guide peut vous faucher compagnie à tout moment, pendant les pauses il doit rester au milieu, entouré de migrants. Je ne veux plus penser à tout ça, maintenant il faut que je rentre au pays, je me demande pourquoi ils ne parlent même pas encore de notre situation, chaque fois la même réponse, il faut attendre, mais jusqu’à quant ? ».

Témoignage de M T : « ce que je ne comprends pas là-bas, c’est que même les jeunes osent s’attaquer aux migrants que nous sommes, des petits que tu peux frapper sans te froisser la chemise, c’est vraiment révoltant. En plus ça se passe devant les personnes qui font semblant de ne rien voir, depuis la crise, on ne sait plus qui est porteur d’uniforme et qui ne l’ai pas, c’est compliqué, moi je n’ai plus rien avec moi. Ceux qui ont essayé de résister à la fouille ont subi des violences, ce qui ne les a pas empêché de voir leurs biens confisqués, nous on a tout remit aux policiers, on a tout perdu mais l’essentiel c’est que nous sommes bien portants. La dernière chose qui me restait, s’était mon téléphone portable, je le croyais sauvé, c’est le chauffeur du car lui-même qui les a confisqué, tu sais comment ? Il fait semblant de vous aider en vous demandant de lui remettre vos effets moyennant quelques 30 ou 40 Dinars, donc il se retrouve avec des dizaines de portables de DVD, de montres bracelets et autres objets de valeurs. A u moment de les rendre, il refuse tout simplement et, menace de vous vous dénoncer aux forces de l’ordre, c’est extraordinaire comment ces gens là peuvent être faux, je haie ces gens là, pour rien au monde je ne retournerai dans ce pays, pour moi, je retourne chez moi et j’y reste tranquille »

Témoignage de M B : « après tout ce long séjour en Libye, je veux dire au monde entier que la Libye est un pays ou l’étranger subit des exactions, des violences, tu es obligé de subir des cas d’injustice tous les jours que Dieu fait. Nulle part, je dis bien nulle part tu ne te sens en sécurité, cela bien avant cette situation de crise qui, en réalité n’a fait qu’aggraver le sort des migrants que nous sommes, pour rien au monde je ne retournerai dans ce foutu de pays. Ils le méritent bien ce qui leur arrive, c’est bien ainsi. Je me demande une fois chez moi si je peux accepter un arabe, c’est pareil dans tout le Maghreb, je veux partir d’ici »

Le 17/03/2011.

Le départ Jean Richard Tiénou (Psychologue praticien du réseau) et de David Gavard (logisticien/administrateur de la mission) le 17 mars a réduit l’équipe de la mission à deux personnes, le Dr Rafick Bédouin (Coordinateur médical de la mission) et Oumar Sidibé (Intervenant AME) sont restés pour la suite de la mission. Les activités de groupe de parole se sont poursuivies, quatre groupes de parole ont été réalisés ce jour.

Le troisième groupe de parole :

(Voir liste des participants en annexe).
Commencé avec de jeunes Ivoiriens, ce groupe de parole s’est enrichi avec la participation d’autres jeunes réfugiés qui nous ont rejoints, avec une moyenne d’âge de 25 ans.

Il faut signaler ici que plusieurs séances se sont déroulées ainsi, elles commencent avec quelques personnes, ensuite l’information passe, puis les réfugiés viennent voir, écouter pour enfin participer à l’animation, ils posent des questions, sollicitent MDM pour des solutions à leurs préoccupations, font des témoignages sur leurs vécus. C’est là une des particularités de ces groupes de parole au camp de Choucha.

La plupart des participants de ce troisième groupe ne sont restés en Libye que quelques mois. A chaque fois que l’un d’entre eux prend la parole, les autres écoutent attentivement, puis, ils ouvrent le débat. Se sont des moments de fortes émotions, entre eux, chacun apprend les réalités vécues par les autres lors de cette activité, même les blessures qui était ignorées sont évoquées. Un espace où tout se dit, hélas avec des larmes aux yeux (ce cas c’est produit quelques fois) Pour ces réfugiés, la Libye est un pays où les conditions de vie sont difficiles pour les noirs africains, car les violations de droits y sont tellement fréquentes qu’ils ne se sentent nulle part en sécurité. Du début du projet migratoire, en passant par le parcours à travers les pays et villes traversés, les difficultés sont fréquentes et diverses. Pour se rendre en Libye, que ce soit par le Mali ou le Niger, c’est toujours les mêmes problèmes de raquettes qu’ils signalent de la part des forces de l’ordre. Il faut payer, toujours payer, la police, la gendarmerie, les gardes, à chaque passage la même routine sans compter les « koxers » intermédiaires. Pour ceux qui choisissent de passer par le Niger, le calvaire commence depuis Agadez.
Agadez, Madama, Doucou, toutes ces villes sont régulièrement citées par les migrants, ils affirment d’ailleurs que c’est à cause de l’entraide et de la solidarité des passagers que les négociations progressent souvent. Le voyage se fait dans des conditions pénibles et dégradantes

Déjà déstabilisés par la fatigue due aux conditions du voyage et le comportement des agents de sécurité, les transporteurs et les convoyeurs une fois la traversé du Désert entamée, font payer les migrants du simple au double, voire le triple du prix réel. Rentre alors en jeux les stratégies de contournements, il leurs faut coûte que coûte éviter la ville frontière de Tigerie, il est quasiment impossible pour eux, migrants subsahariens d’entrer légalement en Libye par la voie terrestre du Sud. Ne connaissant pas la route, encore moins le Désert, les transporteurs et les guides les descendent quelque part dans ce monde perdu, étrange pour ces candidats à la recherche d’une vie meilleure ailleurs, loin de chez eux, armés de leur courage, ils entament en compagnie d’un guide la longue marche à pieds vers le bonheur tant rêvé. A partir de Diamchia, l’accompagnement du guide « Désert » est obligatoire pour ne pas se perdre (risquer sa vie) et rendre l’âme, se perdre dans cet espace est synonyme de mort certaine

Témoignage d’A K J : « vous savez moi j’ai été surpris sur toute la ligne, j’ai tout perdu, tout laissé derrière moi au pays. Maintenant comment faire pour retourner et vivre en famille ? je veux d’abord quitter ici, retourner dans mon pays, je suis arrivé ici depuis le 28 février 20011 vers 15 heures, comment faire pour quitter. Je ne veux pas parler de la Libye, ce n’est pas un pays, c’est l’enfer ».

Le 18/03/2011.

L’activité principale de cette a été la prise en charge d’un jeune malien. La solidarité entre réfugiés c’est encore manifesté sur ce seul cas de référence en psychiatrie effectuée lors de cette mission, il s’agit du jeune Malien Massila Niakaté. Ce réfugié a été victime d’une crise, conséquence de la réaction de son père qui ne voulait pas qu’il rentre au Mali parce qu’il avait rien à apporter. En effet, c’est suite à un échange téléphonique avec sa famille au Mali que ce jeune a subitement sombré dans la maladie mentale, il n’a pas supporté de se voir dire par les siens que sans argent il devait rester se débrouiller. C’est un compatriote à lui, connu dans ces moments difficiles qui a accepté de rester auprès lui apporter aide et assistance, cette présence était nécessaire et même capitale pour sa survie. Référé à l’Hôpital Marocain par le psychologue de la mission, il m’avait été présenté par ce dernier avant son retour Mali. son médecin avait été clair sur son cas, au delà de son traumatisme, il avait des contractions musculaires aigues qui survenaient régulièrement, seul, sa vie était presqu’en danger. Il a fallut l’administrer une forte dose de calmant en attendant d’avoir le traitement approprié à Ben Garden ou ailleurs dans une autre ville de la Tunisie. Une fois ces médicaments trouvés, après traitement, il fut mis sous la garde de son ami avec comme instruction de le présenter le lendemain matin pour voir s’il serait en état d’effectuer le voyage sans risque majeur d’autant qu’il devait être accompagné d’un médecin jusqu’à Bamako. Il bénéficiait de l’assisté de la mission jusqu’à son rapatriement au Mali.

Après ce cas de maladie mentale, le premier groupe e parole a été introduit par la discussion d’une rumeur portant sur un convoi de maliens non arrivé à destination. Il s’agit d’un mini bus parti de Misrata pour la frontière Tunisienne. Les maliens rencontrés ce matin demandent à ce que des recherches soient effectuées pour voir clair dans cette situation. Quand la situation est comme ça, le mieux c’est d’écouter pour comprendre, visiblement eux-mêmes n’étaient pas suffisamment informés par un sujet qui les préoccupent et qu’ils veulent discuter afin de se situer. Tout compte fait, c’est une préoccupation pour eux, il s’agit de la vie de compatriotes, ce sujet, nous l’avons bien discuter ensemble avant de revenir à leur situation de refugiés objet de la quatrième séance de groupe de parole. Au cours de cette séance ils ont évoqué aussi les moments chauds du soulèvement (du 21 au 27 février) où personne n’osait mettre pieds dehors tellement la situation était tendue entre les belligérants. Trois groupes e paroles ont été réalisés pendant cette journée.

Le 19/03/2011.

A notre arrivée au camp, (le 19 mars 2011) le malade était déjà partie sur Djerba sans se présenter à l’hôpital, il a donc fallu appeler les responsables de l’OIM sur place pour le retrouver à aéroport et le faire accompagner par un médecin psychiatre jusqu’à Bamako. Ce cas a particulièrement marqué les réfugiés du camp, qui voyaient en lui une victime d’une autre dimension de cette crise Libyenne, pour eux, les conséquences sont multiples et variées. Deux groupes de parole ont été réalisés durant cette journée.

Témoignage d’A C « écoute moi très bien, nous, c’est dans une tentative de fuite pour nous sauver à l’aéroport que nous avions empruntez le transport en commun, et c’est dans ce véhicule qu’on nous a arrêtés, devant tout le monde, personne n’a intervenu. Directement amenés dans une cellule en prison, nous étions 15 personnes, humiliés et maltraités, dépouillés de tous notre argent, c’est l’ambassadeur du mali, non, le premier conseillé, oui c’est lui qui est allé nous libérer. Je me demande encore comment il s’est arranger mais voilà c’est grâce à lui que nous sommes là aujourd’hui, il se nomme Monsieur Maiga, voici son numéro de téléphone : +218 0922725167. Je te donne aussi le numéro de mon oncle qui est resté dans cet enfer de Libye, je ne le comprends pas du tout, lui ! +218 0923587571. Maintenant il faut voir le cas de ce Malien qui est devenu fou…c’est la faute a ses parents, parce qu’il rien, ils ne veulent qu’il rentre chez lui, c’est un crime. J’espère pour lui qu’il va se retrouver, a sa place je n’adresserais plus la parole a ce père qui se comporte comme ça ».

Le 20/03/2011.

La journée, comme d’habitude, commence par la visite des tentes, très important pour faire rapidement l’état des lieux dans le cadre des rapatriements. Certains passent déjà à la tente (quartier général de MDM) avant notre arrivée au camp, Ils sont accueillis par le jeune Botswanais (orphelin de père et de mère) qui se charge de veiller sur les tentes MdM. Selon les réfugiés, les groupes de parole continus sous une autre forme entre réfugiés dans la nuit après le départ de l’équipe MdM. Cela explique peut être les visites très matinales à notre « siège »avant notre arrivée au camp qui se situe en général aux environs de 08 heures le matin. Deux groupes de parole ont été réalisés durant cette journée.

Témoignage de D K : « on a été agressés en plein jour devant les policiers à Tripoli au retour du (Serka) chantier il y a juste 3 jours, deux maliens et un Tchadien, ce dernier a essayé de se sauver. Nous ils nous ont dépouillé, mais lui, il eu droit à des coups de poignard sur la cuisse droite, voilà comment est ce pays, je le hais ce pays, ce qui leurs arrive, ils le mérite bien »

Le 21/03/2011.

Après la visite matinale et quotidienne des tentes des réfugiés, le premier conseiller de l’Ambassade du Mali à Tunis, qui avait déjà effectué quelques visites au camp, et avec des échanges téléphoniques avaient été établit, fut informé du cas de Mohamed Sissoko. Revenu de l’Hôpital de Ben Garden où il était hospitalisé depuis le 14 mars pour une crise aigue de paludisme. Il venait juste après le départ de l’unique convoi de la journée qui est d’ailleurs parti avec une place disponible (il n’y avait plus de Malien a acheminé) Par la suite, il a été convenu entre le premier conseiller de l’ambassade du Mali à Tunis et l’OIM de lui acheter un billet d’avion (pour cas d’urgence) pour Bamako au cas où il n’y aurait pas l’accueil d’autres maliens avant demain matin. Il a été installé dans une tente avec des réfugiés ressortissants de la Guinée Conakry avec une option de lui chercher une attestation auprès des l’hôpital militaire Marocain pour lui permettre d’être acheminé seul.

Il y a eu des arrivées (50 personnes) entre temps ce qui nécessita l’organisation d’un convoi par l’OIM, du coup, l’acheminement de Mohamed Sissoko est retardé pour qu’il puisse retourner au Mali avec les autres.

Ce groupe a également bénéficié d’accompagnement psychologique à travers un groupe de parole. A part 8 d’entre eux qui n’ont pas subi de fouilles sur le trajet Tripoli frontière Tunisienne, tous les autres ont été victimes d’agressions et ont perdu tout ou partie de leurs biens. Pour eux qui avaient cru à ce pays, l’Eldorado libyen s’est transformé en cauchemar. Les multiples violations de droits qu’ils ont vécu ont fait d’eux des personnes repliées, réservées et méfiantes

Le 21/03/2011 groupe de parole : Il a réunit 31 personnes dont une majorité de Maliens.

Pour les participants à ce groupe de parole, le camp de Choucha, c’est déjà le paradis, et l’enfer Libyen est derrière. C’est le premier sentiment généralement partagé par ces participants heureux d’avoir la vie sauve. Très tôt au cours des échanges, vient se poser la problématique du retour vers la famille, les proches. cette étape du retour est plus ou moins difficile selon les cas. Pour ceux qui étaient en contact régulier avec leurs familles au pays, ce retour est moins compliqué, surtout si en plus ce contact régulier était suivi d’envoi d’argent. En ce qui concerne les personnes pour une raison ou une autre avaient « couper le pont » il s’annonce vraiment difficile et compliqué pour eux et pour les siens (c’est ce qu’ils disent). Ils sont anxieux, ont honte du « Que dira t on ? », cela leur fait revivre les conditions de départ, l’emprunt, le bradage de la parcelle de terrain destinée à l’origine à autre chose, l’implication de la maman pour avoir une aide avec l’oncle entrepreneur ou commerçant etc. Cette situation ils insistent, est un réel traumatisme pour eux. Le film du parcours migratoire refait surface, le fait pour certains d’avoir frôler la mort dans le Désert du Sahara est constamment actualisé dans leurs esprits. S’il y avait d’autre alternatives, la majorité ne serait pas rentré dans leur pays d’origine, cela est un constat au niveau de la majorité des refugiés subsahariens accueillis au camp de Choucha. Le fait que, Guinéens et Gambiens ne savent encore quand et comment ils vont être acheminé, réoriente leurs préoccupations qui se résument désormais pour eux à quitter ce camp. Il en ait de même pour plusieurs autres nationalités dont les Ivoiriens, Bissau Guinéens, Sierra Léonais etc.

Le 22/03/2011.

Le jeune malien, Mohamed Sissoko, revenu de l’hôpital de Ben Garden, a pu quitter ce matin avec le premier convoi des maliens avec une attestation du responsable de l’OIM chargé de l’organisation des acheminements vers les pays d’origines des refugies.
Ce convoi est parti pendant qu’un autre groupe de 231 maliens environ est programmé pour le lendemain. Il faut rappeler que ce jeune bénéficiait d’un accompagnement psychologique quotidien depuis son retour de l’hôpital ainsi que Monsieur Sékou Diakité Guinéen de Conakry. La situation de ce dernier était beaucoup plus préoccupante compte tenu de son état sanitaire, il avait déjà trainé sa jambe droite fracturée trois jours en Libye avant de pouvoir venir vers le camp de Choucha, et bénéficier d’une pris en charge par les médecins Marocains. Il bénéficiait de notre soutien quotidiennement et était devenu un habitué des tentes de Médecins du Monde France. Deux groupes de parole ont été réalisés, l’un avec 31 personnes.

Témoignage de Modibo Coulibaly : « grand frère es ce vrai que nos bagages restent en Tinusie ? Il faut faire quelques chose, c’est tout ce qui reste, si on doit laisser ça aussi derrière nous ça va être très difficile de rentrer en famille. Ceux qui sont rentrés nous informe qu’ils n’ont pas eu leurs bagages à l’arrivée à Bamako ».

Cette sollicitation a fait l’objet d’un grand débat avec les réfugiés, il y avait ceux heureux d’avoir la vie sauve qui trouve que les bagages n’étaient pas important , compte tenu du contexte, et une partie u groupe qui pensait que malgré tout, retourné en famille sans avoir au moins un sac en mains, même vide était une honte . Il a fallu les sensibilisés et les expliqués que pour l’OIM, la priorité pour le moment était l’acheminement des personnes. Au niveau de l’aéroport de Djerba il y avait déjà plus de 30 tonnes de bagages en attente (information du responsable OIM chargé de l’acheminement des réfugiés).

Il fallait faire en sorte que chacun puisse choisir parmi ses bagages les plus importants et les mettre dans un petit sac et embarqué à bord de l’Avion avec. Durant tout le long de la mission, les réfugiés ont été sensibilisés sur cette situation.

Témoignage de Bougader Samaké malien de Bamako Tel : ans contact au mali : 63345461, 18 mois en Libye. « La Libye, c’est le calvaire pour y aller et pour y vivre, sur toute la route les agents de sécurités vous arnaquent. Au Mali, au Niger, c’est la même chose, il faut payer, payer à tous les postes de contrôles. Une fois que tu es migrant, c’est le droit de passage obligatoire pour tous. Dans notre groupe il y a eu 7 décès dû à la fatigue et à la soif, tout le groupe avait peur pour sa vie même moi, c’est peut être la formation militaire qui m’a aidé a supporté les 4 jours et 3 nuits de marche. Depuis Timyawile la frontière Algérienne, par où je suis passé, on sentait le danger du fait de se confier à la mafia de transporteurs, malgré tout, tu dois obligatoirement passer par eux. De cette ville à Tamaraset et Aghate, le transport se fait dans conditions inhumaine, 37 personnes dans une Toyota bâchée Land Cruiser, entassé comme des sardines. Il faut s’accrocher pour ne pas tomber et se blesser et se voir abandonné dans le Désert. D’Agathe à Djanet, c’est toujours dans les mêmes conditions, le transporteur vous dépose quelque part dans le sable du Désert en compagnie d’un guide en vous assure que la ville de Djanet se trouve juste après la deuxième colline. Armés de quelques litres d’eau et de boites de sardines, c’est la grande marche, trois ou quatre poses par jour, le fait que certains trainent par fatigue derrière vous oblige de compter chaque fois. Après la pause et le compte ou plutôt le décompte, celui qui manque peut être considéré comme agonissant ou mort quelque part derrière. J’ai vu des gens pleurer et se lamenter, des scènes de film, sans exception chacun se culpabilise en se demandant pourquoi ? En plus, il faut surveiller le guide de prêt, à chaque pause, pour ce faire le système consiste à toujours le mettre au milieu du groupe parce que très souvent il profite d’un moment d’inattention pour fuir. C’est le pire des situations, tu sais pour quoi ? Parce qu’aucun des migrants ne connait la route, il y a même pas de route et je suis sûr qu’une personne qui est passée par là ne reprendra jamais cette expérience. Arrivée le 4ème jour tôt le matin, il fallait se cacher pour rentrer dans la ville, pour certains, mais pour d’autres qui devaient continuer un (coxer) était à l’accueil, d’ailleurs partout c’est pareille, toujours quelqu’un vient à l’accueil pour vous proposer un foyer ou encore le transport pour la prochaine destination. Demandez à tous les migrants, personne ne fait cette route deux fois dans une vie ! Une fois en Libye, c’est encore l’enfer, pour voyager, il faut accepter se coucher dans une Toyota Land Cruiser avec une couverture dessus et un filet ! Aux postes de contrôles le transporteur vous arrose d’eau comme pour prouver que ce sont des légumes qu’il transporte. Enfin a destination, le frère ou la connaissance vous avertit toute de suite de l’état des lieux en terme de violation quotidienne de vos droits les plus fondamentaux. Nulle part ailleurs dans le monde il ne sa passe pareille agression sans que personne n’intervienne, partout le migrant peut se faire agresser. Dans le foyer, dans les transports en communs, dans la rue …Partout. Tu peux travailler avec un patron Libyen des mois durant sans recevoir ton salaire, tu ne peux pas te plaindre au risque de se faire arrêter par la police, qui elle, est toujours du côté des nationaux, quelque soit la situation ! Vivre dans ce pays une année sans gouter à la prison est un miracle, acceptes de donner ton téléphone, ton argent, en tous cas tout ce que les agresseurs demandent, c’est mieux pour toi. Recevoir un coup de couteau est devenu presque banal, le Bougnoul ou encore le Black, n’a aucun droit.

En ce qui concerne ces événements, nous étions à nous sauver à l’Ambassade, vie sauve mais tout perdu en cours de route, on te fouille à toutes les barrages, il n y avait partout à travers la ville. Ceux qui sont arrivées sauve à l’ambassade sans blessure au début de la crise, peuvent remercier le bon Dieu car, s’était pas évident en ce moment là. Apres presqu’un an, voilà comment je retourne dans mon pays, quelle honte, quelle humiliation, c’est bien fait pour eux, cette crise leurs permettra de comprendre ce qu’est la violence. Moi personnellement, je ne vais plus jamais quitter mon pays, d’ailleurs c’est un grand retard pour moi aujourd’hui. Je faisais du commerce de chaussures au grand marché de Kayes, c’est ce que je vais essayer de reprendre, j’espère que ça va marcher. Je vous prie, vous associations de défenses des droits des migrants, faites tout pour que les migrants soient respecté dans les pays d’accueils, nous sommes des personnes qui viennent tout juste pour améliorer nos conditions de vie à notre retour au pays. Regarde ! Ici il y a combien de nationalité ? Tout le monde est présent ici, regarde les Bengalais, ils sont combien ? Des milliers, plus nombreux que nous les maliens, en plus c’est plus loin de la Libye que le Mali ? Maintenant que tout le monde rentre chez lui, ils verront ce qu’est une crise économique. Je pense que ces Libyens ne connaissent pas la vie, ils ne sortent pas de leur pays, ils ne sortent jamais et pense que le monde entier a besoin d’eux, surtout nous africains noirs ».

23/03/2011.

Les Guinéens (plusieurs groupes) ont pu bénéficier de soutien psychologique depuis leurs arrivés au camp, les cas de traumatismes constatés sur eux étaient généralement des troubles dépressifs. Bien qu’étant dispersés à travers le camp de Choucha, les maliens qui sont passés par là ont presque tous bénéficiés d’un entretien de soutien psychologique. En plus, ils ont été informés sur les différents dispositifs mis en place dans le camp pour l’accueil, l’assistance et l’accompagnement des réfugiés. Les prises en charge médicales, l’accompagnement psychologique, la communication pour rentrer en contact avec les parents et amis. Le dispositif et la procédure mis en place par l’OIM pour leur rapatriement vers le Mali, l’accueil au Mali, la problématique atour de l’acheminement de leurs bagages. La mission a assistée à tous départ de convois de Malien qui partent pendant dans la journée.

Témoignage de Karim Keita : « Vieux Bakayoko, ce vieux maçon à longtemps vécu en Libye, plus de 30 ans, il est mort banalement sans que l’ambassade ne puisse faire quelque chose. Regarde, un jour il était entrain de travailler sur un étage, subitement il reçoit des jets de pierres, atteint, blessé, l’auteur de ces jets l’intimide de descendre en lui accusant de regarder sa femme. Il répond au Monsieur que fait son travail et n’a pas le temps de regarder dans cours voisine, encore moins la femme d’autrui. Le monsieur en question vient au bas de son échelle et l’oblige à descendre, avec une barre de fer, il lui donne des coups et lui fracture la jambe. Cette affaire a indigné toute la communauté subsaharienne, après les soins il est mort quelques jours après. Pour beaucoup de personnes ce n’est pas la blessure en tant que telle qui a causé sa mort, mais plutôt le chagrin, celui qui l’a infligé ce traitement avait l’âge de son enfant. L’auteur a tout simplement été condamné à lui payer l’équivalent de 1.700.000 F CFA pour coups et blessures volontaires. Entre temps, notre vieux maçon est décédé ».

Ce témoignage de Karim Keita du cas du Vieux Bagayogo était la troisième fois, cette a visiblement marqué les migrants subsaharien et particulièrement ceux du Mali, pays ont était originaire feu vieux Bagayogo, que son âme repose en paix, Amin.

Témoignage de Issa Traoré : « moi je suis resté que 5 mois en Libye, mais je peux te dire que je haie ce pays de ton mon cœur, l’étranger n’a aucun droit, tu peux te faire agressé partout à tout moment devant tout le monde sans que quelqu’un intervienne. Notre foyer a été attaqué plusieurs fois avant mon arrivée, ils m’ont expliqué et je n’avais pas compris, quant je l’ai vécu moi-même alors j’ai tout compris. Pour moi, c’est tout simplement un pays de non droit pour tous les non Libyens. Quant ils sont arrivées, ils ont tout emportés, télés, magnétophones, DVD, téléphones portables et tout l’argent des pauvres migrants que nous sommes ».

Témoignage de Issa Traoré : « je suis juste resté 5 mois en Libye, mais crois moi, je hais la Libye plus que tout au monde, l’étranger n’a aucun droit dans ce pays, tu peux te faire agresser partout à n’importe quelle heure. Notre foyer a été agressé par de hommes en uniformes ceux même sensé nous assurer la quiétude, ils tout emporté, Télé, DVD, téléphones portables, Radio K7, tout, ils ont tout emporté ».

Témoignage de Moussa Camara : « une fois j’avais beaucoup d’argent et deux lecteurs DVD que je devais amener à un frère qui rentrait au mali, d’ailleurs cet argent appartenait à plusieurs personnes à remettre à leur famille. Au lieu de prendre les transports en communs, prudence j’ai pris u n taxi, il m’a demandé presque le double du tarif normal, j’ai hésité et fini par accepter le prix. Une fois en route, il commence à me poser des questions, tu rentre au pays ? Tu es resté combien de temps en Libye, c’est bon ici… ? Je ne réponds pas. Subitement il m’amène à la police, ils me font rentrer au poste, fouille argent confisqué, tu fou le camp ou on te boucle la dedans ! 15 minutes après je suis libre, mais pas de taxi, pas de DVD, pas d’argent. Ne penses surtout pas que c’est un acte isolé, c’est courant, très courants. Il faut demander ! Je te demande franchement, comment on peut aimer un tel pays ? Et dire que c’est des musulmans … »

Conclusion :

Les réfugiés du camp était relativement jeunes et la moyenne d’âges peut être estimée à 25 ans environs, elle regroupait 27 nationalités différentes. La forte colonie était d’origine Bengalaise, plus de 20.000 ressortissants de ce pays ont transité par ce camp. Les ressortissants de la sous région Ouest Africaine qui ont bénéficiés des groupes de parole avaient l’avantage de partager la langue Dioula parlée quasiment dans 7 pays, ce sont le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau, la Guinée Conakry, la Cote d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali bien entendu. Ce fut un grand avantage pour la mission, les réfugiés se sont vite reconnus dans la mission à travers notre personne.

18 groupes de parole ont eu lieu durant cette mission, 218 personnes ont bénéficié de cette activité d’écoute et d’échange, qui s’est déroulée entre le 16 et 23 mars 2011 couvrant la période concernée par la mission du représentant de l’AME.

Les bénéficiaires étaient ressortissants de plusieurs pays de la sous-région ouest africaine notamment des Maliens, Ivoiriens, Bissau Guinéens, Guinéens de Conakry, Gambiens, etc…

Par ailleurs des entretiens individuels ont été réalisés après de 7 personnes, dont 2 Maliens, 2 Ivoiriens, 2 Guinéens de Conakry et 1 Bissau Guinéen.

12 réfugiés ont été orientés ou référés vers les hôpitaux du camp.

De même une personne, un jeune Malien originaire de Kayes qui habite au quartier d’Hamdallaye à Bamako a été référé en psychiatrie.

Des centaines de réfugiés ont été orientés dans le camp vers les points d’assistance pour répondre aux premières urgences, les hôpitaux, les cantines, des points de communications, les points de ravitaillements en matelas et couvertures, les points d’enregistrements pour les demandeurs d’asiles, les heures et les points d’appels pour le rapatriement des réfugiés, les références auprès des psychologues. Au-delà de l’orientation des refugiés par rapport à leur besoin, du soutien pour soulager leur préoccupation, il y avait une attente disproportionnée des réfugiés auprès de la mission MDM/AME. Certaines situations étaient assez émouvantes et plein d’émotion « je sais que si tu le dis au responsable de l’OIM, il va me prendre avec les Maliens » propos de S D de la Guinée Conakry ans le cadre d’une sollicitation pour son rapatriement au Mali.

Les entretiens individuels.

Des entretiens indiviuel se ont eu lieu compte tenu de la specificité de leur cas, les tentes de MDM ont servis a cet effet a rendre discret ces quelques rencontres. Il s’agit principalement des refugiés qui avait dejà participés à d’autres groupes de parole, mais compte tenu de leur traumatisme avait besoin d’être particulièrement suivi. Un Bissau Guinéen, deux jeunes Ivoiriens, deux Maliens, un Gambien et un Guinéen de Conakry, ce dernier a bénéficié d’un suivi quotidien tout le long de la mission.

Le plus jeune :

Le plus jeune réfugié rencontré au camp de Choucha est un Malien né le 19 mars 1993 à Nioro, il a passé 7 mois en Libye sous couvert d’un Monsieur très influant pour la communauté négroafricaine dans ce pays. Il s’agit de l’Ivoirien Solo, il assure le tranfert d’argent, on l’appel « Western Union » il assure aussi le rôle de banque pour de nombreuse personnes, qui économisent leur argent chez lui. Donc, non seleument il sert de conseil pour les migrants, anciens et nouveaux, mais aussi de tuteur, de guide, c’est à lui que certains migrants subsaharien doivent leur emploi. Il vit en Libye dépuis près de 20 ans.

Le plus âgé :

Le plus âgé était un migrant de la Guinée Conakry qui a vécu en Libye pendant 9 mois, l’ainé des migrants subsaharien fut presqu’un ami pour moi durant mon séjour, on se voyait pendant et après les groupes de parole.

Au terme de cette mission, à travers des chiffres concrets, on peut affirmer que les objectifs ont été atteints. La mission a été une référence pour les réfugiés subsahariens parce qu’appartenant à la même sous région Africaine et parlant la même langue, ils se reconnaissaient tout simplement en cette mission. Le Bambara « Dioula » est une langue parlée au Mali et dans plusieurs pays de la région.

Les témoignages détaillés et précis recueillis auprès des réfugiés permettent d’avoir une vision claire du vécu de chacun, mieux, c’est aussi un outil de travail qui, dans l’avenir servira de base de données à plusieurs niveaux.

Des échanges d’adresses et contacts ont eu lieu avec certains réfugiés pour maintenir le lien, le départ de la partie Malienne a été un moment plein d’émotion avec les réfugiés.

La mission s’est déroulée sans difficulté majeure

vendredi 11 mai 2012

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